CHAPITRE XVI. l65l
partout avaient encore pour adversaires les magistrats et les bourgeois des villes. Des rixes et des émeutes sanglantes survenues dans divers bailliages, au moment des élections ',
1 La noblesse du bailliage de Chartres étant réunie , le 47 août, sous la présidence du marquis de Maintenon , grand bailli, pour procéder à la nomination de son député , les lieutenans civil et criminel , au tribunal de Chartres , élevèrent la prétention de siéger dans cette assemblée , et même de partager avec le marquis de Maintenon les honneurs de la préséance. Irrités de cette entreprise , les gentilshommes firent sortir les magistrats de la salle où ils s'étaient introduits ; mais bientôt ceux-ci , revenant escortés d'un grand nombre de bourgeois armés, enfoncèrent les portes, et prirent leurs places sur des sièges éminens et tapissés qu'ils avaient l'ait préparer à l'avance. Un des gentilshommes s'approcha alors des magistrats et leur dit : « Messieurs, » vous n'avez pas le droit de vous trouver ici ; il faut » sortir , et laisser les places libres à la noblesse. » Pour toute réponse, un boux-geois, s'adressant de la fenêtre au peuple attroupé sous les fenêtres , cria : Aux armes ! aux armes! A l'instant le tocsin sonna par toute la ville , quatre mille habitans assaillirent la tour où se tenait l'assemblée ; on apporta des échelles , on tira des maisons voisines. La noblesse retranchée se défendit de son mieux ; mais trois portes de la tour furent successivement enfoncées, plusieurs gentilshommes tués, tous réduits à rendre leurs armes et à demander quartier. Le
accusaient une animosité toujours croissante entre les trois ordres de TEtat ; et le parlement de Paris , naturellement ennemi des institutions sur la ruine desquelles il avait élevé sa puissance, se portait aussi ardemment
marquis de Maintenon se sauva avec peine à l'hôtel-deville.
Le Roi, informé de ces désordres, manda auprès de lui quelques-uns des gentilshommes du pays chartrain. Le sieur de Denonville, l'un d'eux, introduit dans le conseil , en présence du Roi et de la Reine , porta la parole en ces termes :
« Sire ,
» Nous étions assemblés en votre ville de Chartres , au » mandement de Votre Majesté , lorsque des officiers su- » balternes qui tranchent des souverains , abusant à l'or- » dinaire des avantages que leur donne l'administration » de la justice, nous ont attirés dans une perfide embus- » cade où leurs assassins apostés de toutes parts ont satis- » fait en partie la vengeance insatiable de leur esprit • orgueilleux : ne pouvant souffrir que l'on fît opposition » aux moindres progrès de leurs usurpations qui s'éten- » dent sur tous, et qui sont aussi grandes qu'une aveugle » fierté les peut faire entreprendre. »
Le sieur de Denonville, après avoir exposé les faits rapportés ci-dessus, terminait ainsi :
« Ce n'est point^ nous seuls qui sommes offensés , c'est