CHAPITRE XVI. l65t
serait lue, publiée et enregistrée au greffe de la Cour , pour être exécutée selon sa forme et teneur.
Les amis des princes, ne conservant plus l'espérance d'être soutenus par les magistrats et les bons bourgeois , cherchèrent d'autres appuis, et parvinrent à soulever la populace ' ; mais elle fut prompement réprimée par la
1 Des billets jetés en plusieurs endroits de la ville appelèrent la populace à se réunir en armes dans la rue de Tournon. Une troupe nombreuse s'y forma en effet, et se porta séditieusement au palais du Luxembourg en poussant de grands cris , et chargeant d'imprécations Mazarin et ses adhérens. Le duc d'Orléans parut aux fenêtres de son palais , et demanda à ces gens ce qu'ils voulaient. Ils répondirent qu'ils voulaient la paix, et qu'on ne laissât pas revenir le Mazarin. Gaston ne parut pas s'inquiéter beaucoup de les calmer, et leur répondit seulement qu'il n'était pas en son pouvoir de leur accorder ce qu'ils demandaient , et qu'ils s'adressassent à ceux qui y pouvaient plus que lui. Les gens du peuple comprirent qu'il voulait parler du premier président , et , quittant le Luxembourg , ils se dirigèrent vers le Pont-Neuf. La troupe se grossissant à chaque pas , la fureur s'exaltait par le tumulte ; ils arrivèrent dans le plus effrayant désordre à l'hôtel du premier président , dans la cour du Palais, où les cris redoublèrent avec plus de violence. Les domestiques épouvantés barricadèrent l'entrée. Ma-
force publique, et ses désordres provoquèrent de nouveaux arrêts. La Reine crut alors le Parlement engagé sans retour. Elle cessa de le ménager, et bientôt des nouvelles arrivées de la frontière de Flandre annoncèrent que le cardinal Mazarin faisait osten-
thieu Mole tro\ aillait assis près d'une table dans son cabinet ; il ne se dérangea pas , et cria seulement à ses gens , parla fenêtre, qu'ils ouvrissent toutes les portes. La populace se précipita dans les appartemens ; Mole , s'avancant alors à la porte de son cabinet, leur dit « qu'ils » étaient des misérables, et qu'il les ferait tous pendre » s'ils ne se retiraient à l'instant. » L'autorité du premier président sur le peuple de Paris semble véritablement avoir été prodigieuse. Les plus furieux , entendant «a menace, prirent la fuite, épouvantés comme s'il eût eu le pouvoir de la faire exécuter sur l'heure.
Le lendemain un nouvel arrêt « intima au procureur- » général d'informer de ces désordres ; défendit à toutes » personnes, de quelque qualité et condition qu'elles ■> fussent, de s'attrouper et d'exciter sédition à peine de » la vie ; enjoignit aux prévôt des marchands et éohe- » vins d'avertir les colonels et capitaines des quartiers » de la ville et des faubourgs de tenir leurs compagnies » en état de donner main-forte au lieutenant criminel , » au chevalier du Guet et au prévôt de l'Ile , si les troupes » de ces officiers ne suffisaient pas pour maintenir l'ordre » dans la ville. »