‹ Histoire de la Fronde (volume 2)Chapitre 26 sur 149 · CHAPITRE XVI. l6'5l. 5i · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI. l6'5l. 5i

» rin ; que défenses seraient faites aux maires )» et échevins des villes desdites provinces de » lui donner passage, et que toutes déclara- » lions et précédens arrêts donnés contre le- » dit Cardinal et ses adhérens seraient main- » tenus et exécutés. »

Au mépris de ces défenses et de ces menaces, Mazarin pressa ses préparatifs; les comtes de Broglie et de Navailles , les maréchaux d'Hocquincourt et de La Ferté-Senneterre lui amenèrent des troupes et prirent le commandement des différens corps de son armée. Des courriers partis de la frontière apportaient d'heure en heure ces nouvelles à Paris, et accroissaient l'inquiétude et l'effroi. Les bourgeois , attroupes dans les rues et sur les places , s'interrogeaient l'un l'autre avec anxiété ; les magistrats, non moins émus, ne quittaient plus ni le jour ni la nuit les salles du Palais. Enfin le duc d'Orléans donna l'avis certain « que le Cardinal , entré à Sedan le 25 dé- » cembre , en était sorti le lendemain pour » continuer sa route , et qu'il marchait sur » Reims avec des forces imposantes.» Des cris forcenés , partis de tous les bancs , renouvelèrent alors l'avis de mettre a prix la tête du

cardinal Mazarin. Le Coadjuteur et les conseillers-clerçs se retirèrent encore; le premier président et ses plus respectables confrères unirent leurs généreux efforts; mais le torrent rompit toutes les digues, et une délibération commença : triste et honteux témoignage des excès auxquels l'esprit de parti peut entraîner une compagnie de gens de bien !

Le premier président avait résolu de ne point s'en rendre complice. Le soir, en rentrant chez lui , il annonça qu'il allait partir pour joindre Leurs Majestés, et exercer au conseil les fonctions de garde-des-sceaux. Interrogé par ses amis sur ce qu'il entendait faire à la cour: « Je dirai la vérité, répondit-il ; puis j'o- » béirai au Roi. » Mole était un plus grand citoyen, sans doute, quand il n'obéissait qu'aux lois. Nous ne le verrons pas sans regret abandonner le rôle qu'il soutenait depuis dix ans avec tant de gloire , et siéger au conseil sous les ordres du ministre despote qu'il avait tant de fois proscrit. Faut -il admettre que ce noble caractère ait fléchi sous des motifs d'ambition et d'intérêt? L'historien ne peut dissimumuler que, chargé de dix enfans , pourvu de peu de biens , Mole ne se montrait pas insen-

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