CHAPITRE XVII
Tentatives du cardinal Mazarin sur Brissac. — - Il rentre en France. — Le prince de Condé écrit au Parlement pour lui offrir son alliance. — Courageuse politique du Parlement, qui forme un tiers-parti entre la cour et les princes. — Gourville envoyé à Paris par M. le Prince pour enlever le Coadjuteur. — Leduc d'Orléans essaie inutilement d'entraîner le Parlement à la guerre civile. — Opérations militaires. — L'armée royale prend Angers et se présente devant Orléans. — Mademoiselle défend la place. — Combat de Jargeau. — M. le Prince paraît inopinément à la tête de ses troupes. — Défaite du maréchal d'Hocquincourt. — M. de Turenne sauve le Roi.
Du ier janvier au 10 avril i652.
Dans la lutle que depuis trois années la Reine soutenait avec persévérance contre les princes et les grands de PÉtat , l'alliance du parlement de Paris avait tour à tour assuré l'avantage à Pun et à l'autre parti. La prison des chefs de la noblesse en i65o, la chute et l'exil du ministre en i65i , attestaient également le pouvoir des magistrats ; et malgré ses récens désastres , M. le Prince pouvait encore
espérer un retour de fortune, si le Parlement, irrité par le rappel du cardinal Mazarin, se déclarait de nouveau contre la cour.
En s'exposant à ce danger, la Reine ne cédait pas cependant à une faiblesse sans dignité. Elle tenait aux droits de sa couronne plus fortement peut-être qu'aux affections de son cœur , et tout porte à croire qu'elle eût sacrifié son ministre si elle eût cru à ce prix conserver l'autorité absolue. Mais le Coadjuteur avait inutilement essayé de la convaincre des avantages de cette concession. Une fois seul avec elle pendant la nuit, dans l'oratoire du Palais-Royal , il parlait depuis plusieurs heures avec tout le charme de son éloquence ; il montrait la France reconnaissante et soumise, portant avec orgueil le joug de sa souveraine. Anne d'Autriche souriait à ces images et semblait ébranlée, quand tout-à-coup l'instinct de Philippe II triomphant des ruses de Gondi: « Plaisant moyen de rétablir l'autorité du » Roi , s'écria-t-elle avec colère, que de » contraindre sa volonté. »
Bien instruit des efforts du Coadjuteur, le cardinal Mazarin ne restait pas sans inquié-, tude. Les termes de la déclaration royale ren->