CHAPITRE XVII. — i65a
sa belle compagne. Se relâchant, pour leur complaire, des précautions que les gouverneurs avaient coutume d'observer, il sortait souvent de Brissac et les accompagnait dans leurs courses aux environs. Un jour les carrosses étant préparés pour la promenade accoutumée, la maréchale feignit qu'une indisposition la retenait au logis, et insista néanmoins pour que la partie ne fût pas dérangée. Charlevois, sans méfiance, prit place à côté de celle qu'il aimait, et se laissa conduire à trois milles des remparts. Là, des soldats de la garnison de Philisbourg, placés en embuscade, se jetèrent sur lui sans qu'il pût opposer de résistance, le contraignirent à monter à cheval et l'emmenèrent prisonnier.
Pendant ce temps, la maréchale, ayant fait assembler les troupes sur la place d'armes, parcourait les rangs à cheval, déployait les ordres du Roi, et haranguait les officiers et les soldats pour les engager à s'y soumettre. Ses efforts furent inutiles ; les vieux soldats aimaient Charlevois comme leur père. Indignés de la trahison dont il était victime, ils se précipitèrent sur la maréchale et sur sa complice et faillirent les mettre en pièces.
Elles parvinrent cependant à s'échapper à Tentrée de la nuit; et, peu de jours après, Charlevois , rentré dans la place , y reprit le commandement comme si rien n'était arrivé. Le cardinal Mazarin n'avait pas attendu l'issue de cette entreprise pour se mettre en marche avec son armée ; il se dirigea d'abord sur Poitiers où la cour résidait alors. Les commissaires nommes par le Parlement ' pour s'enquérir de sa marche , le rencontrèrent en Champagne. Ils s'acquittaient de leur mission avec un mélange bizarre de hardiesse chevaleresque et de gravité sénatoriale. Ils allaient à cheval la plume en main, verbalisant des désordres des gens de guerre ; ils faisaient rompre les ponts, gâtaient les gués, ameutaient les communes. Rencontraient-ils des partis ennemis? ils avançaient hardiment, signifiaient les arrêts de la compagnie, et, après en avoir donné copie, enjoignaient aux soldats de se retirer, s'ils ne voulaient encourir les peines portées contre les délinquans. Les soldats ne faisaient qu'en rire, mais le peuple commençait à s'émouvoir , et à Pont-
' Voir la page 5o de ce volume.