CHAPITRE XVII. t6T
sur-Yonne, les conseillers Bitaut et Geniers s'étant placés en travers sur le pont , et refusant obstinément de livrer passage, il fallut les faire charger par un piquet de cavalerie. Geniers, blessé et renversé, se sauva sur le cheval de son clerc et arriva à grand'peine à Sens. Bitaut eut sa robe percée de quatre coups de mousqueton, et fut conduit devant MM. d'Hocquincourt, de Broglie et de Navailles, qui lui remontrèrent civilement Timprudence de son procédé et voulurent le conduire au cardinal Mazarin. Mais Bitaut , soutenant noblement son caractère, reprocha aux généraux leur rébellion et refusa de les suivre chez, le Cardinal « qu'il ne verrait, » disait-il, que sur la sellette pour le con- » damner à mort , comme déclaré criminel » de lèse-majesté par arrêt de Cour souve- » raine '. »
1 Le parlement de Paris , en apprenant le peu de compte que les soldats tenaient de ses arrêts , ne témoigna pas moins de surprise que d'indignation. L'avocat-général Bignon requit « que la nouvelle du traitement fait » aux ofliciers de justice fût rédigée en forme de déposi- •> tion pardevant deux de Messieurs commis par la Cour, » et que les sieurs d'Hocquincourt, de Broglie, de Na-
Pendant ce temps, le président deBellièvre, chargé de présenter les remontrances du Parlement, était arrivé à Poitiers. Introduit dans le cabinet du Roi , il s'y trouva en présence du premier président qui, en qualité de garde-des-sceaux , devait expliquer les volontés de Sa Majesté. Ces deux hommes, les plus considérables de leur compagnie , se revoyaient alors chargés d'intérêts bien difte— rens ; peut-être Mathieu Mole éprouva-t-il quelque embarras quand, désavouant en présence de son confrère les principes qu'ils soutenaient naguère avec une égale vigueur, il dut lui déclarer ' « que le retour du cardinal
» vailles et consorts fussent décrétés de prise de corps » pour l'assassinat commis en la personne de MM. Bi- » tant et Geniers. »
* Mathieu Mole parla en ces termes : « Le Roi me » commande de vous dire qu'il est assez persuadé que » toutes les résolutions de la compagnie sont un effet » de son zèle pour le service de Sa Majesté. Dans les » temps les plus difficiles, elle a toujours rendu des • preuves de son affection envers l'Etat; le même es- » prit l'anime encore ; et quelque rencontre qui puisse » survenir, elle témoignera toujours son inviolable fidé- >. lité. Quand elle a exercé, à l'encontre de M. le cardinal « Mazarin , la sévérité des lois portées contre ceux t[ut