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entra dans ]a chambre le pistolet au poing et criant vive le Roi! « Hé! Monsieur, vous » savez bien que je ramasse de l'argent pour » son service, lui dit le receveur épouvanté. — » M. de Machières, reprit Gourville, j'ai be- » soin de celui que vous avez ramassé pour » le service de MM. les princes; » et mettant la main sur trois bourses pleines d'or et sur un sac d'argent, il demanda quelle somme il pouvait y avoir en tout. Il ne s'y trouvait qu'environ 5,ooo livres ; Gourville avait compté sur 8,000, et pour combler ce déficit, il pria le receveur de lui vendre ses chevaux pour un bon prix : ajoutant avec force civilités « qu'il ne serait pas juste qu'un honnête » traitant perdît rien dans cette affaire ; et » qu'il lui donnerait quittance en due forme, « et de la somme d'argent, et de la valeur des » chevaux , comme l'ayant reçue pour le ser- » vice de MM. les princes. »
Gourville signa en effet la quittance , prit l'argent et continua sa route. Les hommes qu'il avait recrutés en Angoumois gagnèrent Paris par diverses routes, et le joignirent à un rendez-vous convenu. Il les logea , ainsi que les soixante soldais de la garnison de Damvil-
lers, dans divers cabarets des faubourgs ; puis, s'informant avec soin des habitudes du Coadjuteur , il le fît suivre pendant plusieurs jours.
Gondi passait le plus souvent les soirées à l'hôtel de Chevreuse, dans la rue Saint-Thomas-du-Louvre; il en sortait entre minuit et une heure, et regagnait rarchevêché en suivant les quais le long de la rivière. Il marchait dans les rues avec cinq ou six carrosses pleins de gentilshommes armés de mousquetons ; quelquefois cependant , importuné de cette suite nombreuse, il n'emmenait avec lui que deux carrosses et huit ou dix gentilshommes. Averti qu'un soir le Coadjuteur était sorti si peu accompagné , Gourville embusqua ses soldats sur le bord de la rivière ; les uns devaient éteindre les flambleaux qu'on portait en avant de la voiture; d'autres saisir les laquais et le cocher sur son siège; d'autres enfin se présenter en armes devant les portières. Gourville alors, avec un bâton d'exempt, eût arrêté le Coadjuteur de par le Roi, et le faisant attacher en croupe derrière un cavalier, il serait parti au grand galop pour Damvillers : des relais d'hommes et de chevaux étaient dispo-
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ses sur la route. Tout était prêt à onze heures du soir ; le Coadjuteur , entré à neuf à Thôtel de Chevreuse , devait repasser de momens en momens. Cependant minuit et une heure ayant sonné sans qu'on le vît paraître , Gourville fut lui-même heurter à la porte de Thôtel de Chevreuse, et apprit du suisse, déjà à moitié déshabillé, que le Coadjuteur était sorti depuis long-temps dans le carrosse de madame de Rhodes.
Trop de gens avaient été employés dans cette affaire pour que le secret fût gardé long-temps. Dès le lendemain un sieur Talon , parent de l'avocat-général, vint avertir le Coadjuteur que Gourville et la Roche-Courbon, major de Damvillers, l'avaient attendu , la veille , sur le quai vis-à-vis du pont Bourbon : la Roche-Courbon , arrêté, révéla tous les détails de l'entreprise ; Gourville parvint à s'évader et arriva sain et sauf à Bordeaux.
Un traité d'alliance, qu'en dépit de tous les efforts du Coadjuteur le prince de Condé parvint peu après à conclure avec le duc d'Orléans , le consola de ce mauvais succès. Gaston rappela ses troupes qui servaient en
Guyenne dans L'armée du comte d'Harcourl. Les régimens d'infanterie et de cavalerie d'Orléans, de Valois et de Languedoc, obéirent sans scrupules aux ordres du Prince, et vinrent prendre leurs quartiers en Brie où ils commirent de grands désordres. Encouragés par ce renfort , les gentilshommes de plusieurs provinces prirent les armes, et ceignant de nouveau l'écharpe isabelle, ils firent ouvertement des levées d'hommes et de deniers pour le compte du prince de Condé. Les magistrats, fidèles aux instructions du parlement de Paris, s'opposaient de tous leurs efforts à ces désordres , mais les gentilshommes ne tenaient compte des arrêts ; et en Anjou les choses en vinrent à ce point, que le duc deRohan, gouverneur de la province et serviteur du prince de Condé , fit arrêter sur son tribunal par des soldats , et conduire ignominieusement en prison , le sieur de Boislève , lieutenantgénéral du présidial d'Angers.
Boislève porta plainte au parlement de Paris , qui, marchant d'un pas ferme dans la ligne qu'il s'était tracée, « décréta de prise » de corps le sieur de Rohan, et défendit, » sous peine de mort, toute levée d'hommes
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» et de deniers, sans ordonnance royale due- )> ment vérifiée au Parlement. » Le duc d'Orléans se montra fort irrité de cet arrêt , qu'il représenta comme en contradiction manifeste avec les autres décisions de la compagnie. « Le duc de Rohan , disait-il , avait » agi d'après ses ordres et dans l'intérêt » du parti, en faisant arrêter le sieur de Bois- » lève, créature du cardinal Mazarin, qui » voulait introduire dans la ville d'Angers » les troupes dudit Cardinal; les levées de » soldats, qui se faisaient en Brie, étaient » également de son ordre et pour assurer » l'exécution des arrêts de la compagnie. » Si l'autorité du Parlement était employée » contre ceux-là même qui le voulaient ser- » vir, la ruine du parti était certaine, et cha- » cun n'avait plus qu'à penser à ses intérêts » particuliers et à s'accommoder avec la » cour. »
Orner Talon répondit au duc d'Orléans : (f Qu'on n'avait pu se dispenser de protéger le » lieutenant-ge'néral d'Angers , emprisonné » sans plainte, sans charge, sans information, » et au mépris de la déclaration du 24 octobre. » Si Sa Majesté , se dépouillant par cette or-
» donnance de l'extrémité de sa puissance , et » se liant les mains à elle-même, s'était imposé » la nécessité de ne troubler aucun officier dans » l'exercice de sa charge sans lui faire son » procès, cette sainte loi, jugée nécessaire » pour l'assurance de tous les sujets , pou- » vait-elle être impunément méprisée par « l'autorité d'un gentilhomme, sous prétexte » qu'il était gouverneur de province et qu'il » avait les armes à la main?
» Quant aux levées de soldats sans com- » mission du Roi, continua l'avocat-général , » jamais, sans doute, il n'avait été plus né- » cessaire de rappeler les peuples à l'exécu- » tion des lois, qu'au moment où le duc de » Nemours rentrait en France à la tête d'une
• » armée espagnole » Ici le duc d'Orléans
interrompit Talon avec colère : « Cela n'est » pas vrai , lui cria-t-il. Cette nouvelle est de » la fabrique des Mazarins; le duc de Ne- » mours ramène en France les troupes de » M. le Prince , mais il n'a pas un Espagnol » dans son armée. »
Un long tumulte suivit l'apostrophe du duc d'Orléans , et quand le silence fut rétabli , le sage Talon s'adressant à la compagnie , sans