CHAPITRE XVII. l
» besoin tous les ordres précédemment don- » nés contre le cardinal Mazarin et ses ad- » hérens. »
Les deux partis n'en continuèrent pas moins leurs opérations militaires. La cour, après son départ de Poitiers , s'était rendue à Saumur où elle demeura sous la garde de M. de Turenne, pendant que le gros de l'armée , conduit par le maréchal d'Hocquincourt, s'approchait d'Angers pour en faire le siège. Le maréchal se logea sans difficulté dans les faubourgs, mais il ne put battre le corps de la place, faute de grosse artillerie. En attendant qu'il en fût arrivé de Nantes , Angers resta étroitement bloqué. Le peuple murmurait contre le duc de Rohan , qui s'était déclaré pour M. le Prince, malgré les magistrats et le clergé, et s'était môme porté à des violences contre l'évêque, saint homme, du nom d'Arnauld , dont il redoutait l'influence '-.
Chassé de son siège , l'évêque d'Angers vint
1 Le duc de Rohan fit proposer à l'évêque de le laisser rentrer dans la ville s'il voulait promettre de se borner aux fonctions de son ministère , sans se mêler des affaires publiques. L'évêque refusa de prendre cet engagement, et envoya son neveu, l'abbé Arnauld, au
joindre le Roi à Sauniur. Il fallait de telles circonstances pour Tamener à. la cour, et il rougissait de se mêler aux prélats qui la suivaient enfouie. Un jour il entendit les soldats qui disaient en le voyant passer : « Ne ver- » rons-nous jamais que des évêques ? » Arnauld baissa tristement la tête; il racontait sur la fin de sa vie qu'il avait rarement éprouvé une humiliation plus sensible.
^artillerie de Nantes étant arrivée par la Loire jusque devant le Pont -de- Ce , le comte de Broglie força cette place et conduisit les canons au maréchal dliocquincourt, qui commença aussitôt à battre les murs d'Angers. Pendant ce temps , le duc de Nemours , à la tête des troupes espagnoles , avait passé la Seine sur le pont de Mantes que lui livra le duc de Sully. Ayant été joint à Châteaudun
gouverneur pour se plaindre de son procédé. Le jeune ecclésiastique s'acquitta de sa mission avec tant de fermeté, que le duc de Rolian dit après l'avoir congédié : « Il m'a » parlé comme s'il avait eu dix mille hommes derrière » lui. — Ne vous en étonnez pas, répondit un gentil- » homme de la compagnie , c'est le ton de la famille. Si » tous ces Arnauld avaient des maîtresses , ils ne leur par- » leraient pas différemment. »