‹ Histoire de la Fronde (volume 2)Chapitre 44 sur 149 · CHAPITRE XVII. l652. 8g · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII. l652. 8g

Condé s'étant ensuite rétablie, il ne fut plus question de ce projet.

Quelques années auparavant, Charles Stuart, fils de Finfortuné Charles Ier, avait essayé de plaire à Mademoiselle , et revenant en France après sa malheureuse expédition d'Ecosse , il se mit de nouveau sur les rangs. Il était fort assidu près d'elle, et l'entretenait avec cette galanterie passionnée que les personnages des romans de l'époque ont empruntée au langage habituel des princes et des seigneurs de la cour de Louis XIV. Le Prétendant avait à raconter des exploits et des désastres qui n'eussent point déparé les pages de Cyrus et de Cassandre. Mademoiselle écoutait avec intérêt les détails de la bataille de Worcester ; comment le vaillant et malheureux prince, réduit à fuir, s'était fait jour à travers l'armée victorieuse, à la tête de cinquante cavaliers; puis , demeuré seul , était monté sur un arbre , au pied duquel vinrent s'asseoir des soldats ennemis. «Dans ces momens critiques, il protes- » tait n'avoir jamais pensé qu'à Mademoiselle ; » l'espoir de la retrouver en France l'avait » consolé de la perte de son royaume ; et si » elle daignait deviner ce qu'il n'osait lui

gO HISTOIRE DE LA FRONDE.

» dire, il n'avait plus rien à regretter. » Api es de tels discours, le fils de Charles Ier demandait des violons et passait les nuits à danser. Mademoiselle remarquait bien cependant « qu'aux autres il ne parlait pas tant de son » plaisir d'être en France et de son envie de » danser '. » Elle commençait à être touchée de ses soins ; mais 'trop bonne catholique pour épouser un protestant, elle parla au Prétendant de sa religion comme d'un obstacle ; celui-ci répondit « qu'il n'avait rien à refuser à Made- » moiselle ; qu'il serait heureux de lui sacrifier » sa conscience et son salut, et qu'il était prêt » à le faire le jour où elle daignerait accep- » ter sa main. » Cette déclaration de Charles Stuart rangea de son parti tous les dévots de la cour ; madame d'Aiguillon soutenait « que « Mademoiselle le devait épouser, et qu'au- » trement elle serait responsable devant Dieu » du salut de son ame. » Pour ce motif ou pour un autre, la fille de Gaston s'y serait décidée peut-être, si à cette époque on n'eût flatté son ambition de l'espoir d'épouser le Roi. La grande puissance de Monsieur et l'avan-

' Mémoires de Mademoiselle.

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