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tage de réunir la maison royale pouvaient compenser la disproportion des âges; au moins la princesse palatine , qui entreprit cette négociation , assurait que la Reine et le cardinal Mazarin le voyaient ainsi. Mademoiselle, enivrée de cet espoir, rompit avec le Prétendant et cessa de le recevoir chez elle; mais bientôt elle eut lieu de soupçonner que la cour cherchait à l'amuser par de vaines promesses. Une somme de deux cent mille écus qui lui fut demandéeau nom delà princesse palatine, acheva de lui persuader qu'on n'avait voulu que se moquer d'elle, et attraper son argent '. Elle exprima son ressentiment avec toute la violence de son caractère, et, ne renonçant pas cependant à épouser le Roi , elle se persuada que le meilleur moyen d'y réussir était de se rendre si puissante en France , que la cour sentît le besoin d'acheter son appui. La nouvelle de la marche de l'armée royale vers Orléans la trouva dans cette humeur, et elle accepta avec joie la proposition de se rendre dans cette ville pour la défendre.
' Quand tout fut prêt pour son expédi-
1 Mémoires de mademoiselle de Montpensier. * 7.5 mars.
tion , Mademoiselle , après avoir fait ses dévotions, partit avec les comtesses de Fiesque ', de Frontenac % qu'on appelait ses maréchalesde-camp , et plusieurs autres dames de la cour habillées en amazones. Gaston donna pour seule instruction à sa fille d'empêcher, quoi qu'il arrivât, ses troupes de passer la Loire pour aller, ainsi que le désirait le duc de Nemours, secourir Montrond et fortifier le prince de Condé en Guyenne.
Après leur marche inutile sur Angers , les ducs de Nemours et de Beaufort s'étaient rapprochés de la capitale. Mademoiselle les rencontra entre Etampes et Orléans. Les chefs de l'armée vinrent à sa rencontre, protestant que c'était désormais à elle à commander, et qu'ils exécuteraient aveuglément ses ordres. Un conseil de guerre se rassembla sur-le-champ, et délibéra en sa présence : on convint que ,
' Anne Le Veneur, comtesse de Fiesque, gouvernante de Mademoiselle, née en i5q3, morte en i653. Elle était fille de Jacques Le Veneur, comte de Tillières, et de Charlotte de Chabot.
a Anne Phelypeaux , mariée à Henri de Borude , comte de Frontenac. Elle était fille de Raymond Phelypeaux , trésorier de l'épargne, et de Claude Gobelin.
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conformément aux ordres de S. A. R. , dans aucun cas l'armée ne passerait en Guyenne , mais qu'elle se porterait vers Jargeau, petite ville sur la Loire , à quatre lieues au-dessus d'Orléans. Le lendemain , Mademoiselle continua sa route avec une escorte de cavalerie. Arrivée à Artenay ', elle rencontra le marquis de Flamarins * , envoyé par les magistrats d'Orléans pour la supplier de ne point avancer davantage. Le garde-des-sceaux (Mathieu Mole ) était en ce moment aux portes de la ville, et demandait passage au nom du Roi^ Ainsi placés entre le Roi et Mademoiselle , les
' Artenay, village à quatre lieues d'Orléans, sur la route de Paris.
2 Antoine Agesilan de Grossolles , marquis de Flamarins, tué celte même année au combat du faubourg Saint- Antoine. Il avait épousé Françoise de La Trousse , et était fils de Jean de Grossolles , baron de Flamarins , et de Françoise d'Albret.
On trouve dans les Mémoires du temps que ce Jean de Grossolles, « se tenant offensé de quelques discours te- » nus par le sieur de Montespan , s'achemina au château » de Gondrin avec un page seulement qu'il envoya au » sieur de Montespan pour lui dire où il était , et qu'il » désirait avoir de lui un éclaircissement. Le sieur de » Lussan «'étant trouvé à la porte du château de Gon-
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chefs de la bourgeoisie avaient résolu de n'ouvrir à personne ; ils protestaient néanmoins qu'aussitôt le Roi éloigné, Mademoiselle serait la bien-venue dans leur ville , pourvu qu'elle n'amenât avec elle ni troupes ni seigneurs.
La princesse ne tint compte que de cette dernière partie de l'avis , et , laissant son escorte derrière , elle arriva à onze heures du matin à la porte Bannière ' , où elle attendit pendant trois heures ' la réponse des magistrats qu'elle avait fait avertir. Dans l'espoir d'émouvoir le peuple assemblé sur les remparts , elle fit ensuite le tour de la ville , suivie seulement de ses dames. En les voyant passer, le peuple criait : Vive le Roi! vivent les Princes !
» drin à la descente du page , et ayant reconnu qu'il était » au sieur de Flamarins , et su le sujet qui l'amenait; il » prit sur-le-champ le cheval du page , et s'en alla trou- » ver le sieur de Flamarins qu'il obligea de mettre l'épée » à la main , prenant le fait et cause du sieur de Mon- » tespan. Le sort des armes ne fut pas favorable au sieur » de Lussan , qui fut tué sur la place. »
' Porte d'Orléans sur la route de Paris.
2 « Pour se désennuyer, elle monta dans une hôtellerie » où elle décachetait les lettres du courrier de Bordeaux » qu'elle avait fait arrêter, mais elle n'en trouva pas de » plaisantes. » Mémoires de Mademoiselle.