CHAPITRE XVII. l652. lo
pouvait tout perdre , et que la retraite sur Bourges était en l'état des choses une précaution indispensable. Turenne répondit : « Que » si la ville d'Orléans avait fermé ses portes au » Roi lorsque son armée n'avait point encore » éprouvé d'échec , aucune ville ne voudrait » le recevoir vaincu et fugitif. » Puis élevant la voix d'un ton ferme : « Vous le voyez, » Messieurs, ajouta-t-il, il faut vaincre ou » périr ici. »
La confiance du général se communiqua aux officiers et à toute l'armée. Turenne prit position entre Ozoyer et Blesneau. En face de lui , la plaine était fermée par un grand bois que traversait une chaussée par laquelle le prince de Condé devait revenir après avoir
» des envieux. J'en avais qui disaient partout que j'avais
» conservé une liaison secrète avec M. le Prince. M. le
» Cardinal ne le croyait pas ; mais , au premier malheur
» qui me fût arrivé , peut-être aurait-il eu le même
» soupçon qu'avaient les autres. De plus , je connaissais
» M. d'Hocquincourt , qui ne manquerait pas de dire que
» je l'avais exposé et ne l'avais pas secouru. Toutes ces
» pensées étaient affligeantes , et le plus grand mal , c'est
» que M. le Prince venait à moi le plus fort et victo-
» rieux. » Fragment des OEuvrcs de Sainl-Evremont.
poursuivi d'Hocquincourt. Dans le milieu de la plaine se rencontrait une éminence : M. de Turenne y plaça une batterie de canon qui enfilait la chaussée. A mesure que les fuyards se ralliaient, il les recevait dans ses rangs; et son attitude était déjà formidable , quand au point du jour la cavalerie de M. le Prince , fatiguée d'avoir poursuivi d'Hocquincourt, se présenta à l'entrée de la plaine.
En s'éloignant du champ de bataille, M. le Prince avait recommandé qu'on ralliât son infanterie, et il pensait la trouver prête au combat ; mais ses ordres n'avaient point été exécutés. Les soldats , épars dans les villages , pillaient les quartiers abandonnes; il fallut perdre plusieurs heures à les réunir, et pendant ce temps le duc de Bouillon amena au secours de son frère tout ce qu'il y avait à Gien d'hommes capables de porter les armes.
L'attaque commença vers midi. Le terrain étant fort marécageux et coupé de fossés , avant d'y engager sa cavalerie , M. le Prince jeta de l'infanterie dans le bois à droite et à gauche de la chaussée pour faire reculer les royalistes. Ceux-ci parurent céder au feu