CHAPITRE XVII. l652. lOJ
ennemi,et s'éloignèrent de quelques cents pas. La cavalerie de M. le Prince entra alors dans le défilé , se déployant à mesure qu'elle pénétrait dans la plaine ; mais la retraite de M. de Turenne n'était que simulée. Il laissa seulement former six escadrons , puis revint sur ses pas avec le double de cavalerie, culbuta celle de M. le Prince, et la repoussa dans le défilé : démasquant ensuite sa batterie , il tira avec grand avantage sur des troupes serrées dans le passage qui traversait le bois.
M. le Prince jugea la position trop forte pour être enlevée à un général tel que Turenne, et ne se hasarda plus dans la plaine. Il fit avancer son artillerie, et la journée s'acheva à se canonner de part et d'autre. Le soir, l'armée royale se replia en bon ordre sur Gien. D'Hocquincourt , venant lui-même chercher les corps les plus voisins du défilé, M. le Prince le reconnut et le fit appeler. Le maréchal s'approcha sans méfiance , et se mit à vanter sa conduite pendant la journée dont il imputait tout le mauvais succès à M. de Turenne. M. le Prince rit beaucoup d'un amour-propre si audacieux ou si aveugle, et rendit au contraire une éclatante justice à
l'illustre rival qui lui avait arraché la victoire. De retour à Gien , d'Hocquincourt ne discontinua pas ses plaintes et ses accusations. Turenne les souffrit avec une grande patience. « Le pauvre maréchal est si affligé , disait-il , » qu'il doit lui être permis de se plaindre. » La Reine et le Cardinal ne cherchèrent pas à diminuer l'importance du service qu'ils venaient de recevoir. M. de Turenne fut accueilli comme un sauveur, et la Reine reconnut hautement qu'il venait de remettre la couronne sur la tête de son fils. En effet, si M. le Prince , arrivant à Gien avec son armée victorieuse , se fût emparé de la personne du Roi , les conséquences d'un tel événement, dans les dispositions où les esprits étaient alors, pouvaient être la chute du trône ou le changement de la dynastie '.
' Nous avons cru que nos lecteurs nous sauraient gré de rapporter ici comment un grand maître dans l'art de la guerre raconte ce combat, et juge la conduite des généraux.
« L'armée de Turenne n'était que de 4>ooo hommes ; » comment tenir en échec une armée triple , et comman- » dée par Condé? Il prit la position de l'étang de la » Boussinière; c'était un défilé formé par l'étang , sur la