‹ Histoire de la Fronde (volume 2)Chapitre 54 sur 149 · CHAPITRE XVII. l652. 10g · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII. l652. 10g

» gauche , et par un bois sur la droite ; il plaça ses trou- » pes derrière ce défilé , établit une forte batterie pour » battre au milieu, ne fit point occuper le bois par son » infanterie , pour ne pas s'exposer a être engagé malgré » lui, et passa le défilé avec six escadrons. Aussitôt que » l'armée de Condé s'approcha , il repassa le défilé ; ce » prince , fort étonné de rencontrer l'armée royale en » position , se déploya et s'empara du bois ; cependant » il parut indécis ; enfin il entra dans le défilé. Le vi- » comte alors fit volte-face avec sa cavalerie , culbuta la » tête delà colonne ennemie avant qu'elle pût se déployer. » Au moment même, il démasqua sa batterie qui porta » le désordre dans les rangs de Condé; celui-ci repassa » le défilé , et prit position ; il avait marché toute la nuit. » Dans la soirée, le maréchal d'Hocquincourt rejoignit » Turenne avec tout ce qu'il avait sauvé et rallié de son » armée. Malgré cette jonction , et l'arrivée de quelques » renforts envoyés de Gien , l'armée royale était encore » inférieure , mais la disproportion n'était plus la même.

» Observations. — 1°. Turenne avait prévenu le maré- » chai d'Hocquincourt que ses quartiers étaient exposés.

» 2°. La manœuvre habile qu'il fit pour en imposer à » Condé, et qui lui réussit, fut considérée dans les temps » comme le plus grand service qu'il pût rendre à la cour; » en effet, s'il s'en fût laissé imposer, elle eût été obligée » de quitter Gien , ce qui eûtété d'une fâcheuse influence » sur les affaires politiques ; mais il est évident que le » maréchal n'avait pas le projet de tenir sa position ; si » Condé se fût décidé à l'attaquer, il avait tout préparé » poursa retraite : c'est ce que prouve la précaution qu'il

i 10 HIST. DE LA FRONDE. CHAP. XVII. l652.

>• prit de retirer tous les postes placés dans le bois, pour

» ne pas les exposer, et se trouver engage malgré lui.

» Une fois qu'une affaire est commencée , elle s'engage

» graduellement. Il tint ses troupes réunies assez à portée

» du défilé pour en rendre le passage dangereux au

» prince , assez près pour pouvoir lui faire du mal parle

» feu d'une batterie postée de manière à battre en plaine ,

• dans la longueur du défilé , mais assez éloignée pour « que rien ne se trouvât compromis. Cette circonstance >. ne paraît rien ; cependant c'est ce rien qui est un des » indices du génie de la guerre.

» 3°. Cette manoeuvre si délicate, exécutée avec tant » d'habileté et tant de prudence, ne saurait cependant » être recommandée. Turenne, aussitôt qu'il eut réuni » sa cavalerie, devait se retirer du côté de Saint-Far- » «-eau pour revenir ensuite en avant, mais seulement » après sa jonction avec le maréchal d'Hocquincourt. » Les règles de la guerre veulent qu'une division d'une » armée évite de se battre seule contre une armée qui a » déjà obtenu des succès. C'est courir le danger de tout » perdre sans ressources ; le prince de Condé avait plus .. de 12,000 hommes, Turenne n'en avait que 4,ooo.

» 4°. Le point de rassemblement des quartiers des » deux armées avait été indiqué trop près ; c'était une » faute : il faut que le point de réunion d'une armée, » en cas de surprise , soit toujours designé en arrière, de o sorte que tous les canlonnemens puissent y arriver avant

• l'ennemi; dans cette position, il devait être désigné . entre Briare et Saint-Fargeau. »

Mémoires de Napoléon, écrits à Sainte- Hélène.

Page 1