CHAPITRE XVIII
Troubles de Bordeaux. — Opérations militaires en Guyenne. — M. le Prince est reçu dans Paris. — Courage des magistrats. — Ils reprochent au prince de Condé son alliance avec les Espagnols. — Ils renouvellent leurs remontrances contre le cardinal Mazarin.
— L'armée des Princes s'enferme dans Étampes. — M. deTurenne l'y assiège. — M. le Prince, réduit à l'extrémité , soulève la populace contre le Parlement.
— Violences et séditions dans Paris. — Le Roi consent à renvoyer le cardinal Mazarin.
Du 4 janvier au 21 juin i652.
L'apparition de M. le Prince sur le champ de bataille de Blesneau n'étonna pas moins ses amis que ses ennemis. Des bords de la Garonne aux bords de la Loire il avait eu à parcourir cent vingt lieues dans un pays hérissé de châteaux forts et coupé de nombreuses rivières : courant à chaque pas le risque d'être reconnu, car la plupart des soldats et des gentilshommes français Pavaient vu de près dans les armées. Il s'était décidé cependant à braver ces dangers , parce que la mésintelli-
gence des ducs de Nemours et de Beaufort ruinait ses affaires; parce qu'il voulait à tout prix attacher à ses intérêts la ville et le parlement de Paris, et surtout parce qu'il éprouvait un ennui insupportable en Guyenne , où les divisions de son parti lui causaient autant d'embarras que les armes de ses adversaires. Le retour du cardinal Mazarin en France ayant porté à l'excès l'irritation des bons bourgeois et des magistrats du parlement de Bordeaux , ils s'étaient laissé entraîner à la guerre civile , et avaient conclu un traité d'alliance ' avec M. le Prince et ses principaux
* Ce traité fut signé le 4 janvier , « entre les princes » de Condé , de Conti , les ducs de La Rochefoucault , » de La Tremoille , et les très-illustres seigneurs, le Parle- » ment et les jurats de la ville de Bordeaux. » Les articles suivans témoignent la défiance du Parlement, et le soin qu'il mettait à se prémunir contre les prétentions des grands et le retour du gouvernement féodal.
« Art. tG. Qu'aucun fils ou gendre de gouverneur de » place ou de province , de quelque qualité ou mérite » qu'il soit , ne pourra succéder au gouvernement de son » père ou beau-père , pour déraciner le pernicieux usage » de transmettre les gouvernemens comme les patri- » moines.
» Art. ij . Que lés finances du royaume seront doré-