CHAPITRE XVIII. l652. ng
bonne intelligence entre la princesse deCondé, le prince de Conti et la duchesse de Longueville ; puis, prétextant la nécessité d'un voyage à Bordeaux , il sortit d'Agen, le dimanche des Rameaux *, avec une suite nombreuse. A quelques lieues de la ville il congédia, sous divers prétextes , le plus grand nombre de ceux qui Pavaient suivi , et ne conserva près de lui que le duc de La Rochefoucault et le prince de Marsillac son fils ; les marquis de Lévis , de Chavagnac , de Guitaut ; M. de Berceones , capitaine des gardes du duc de La Rochefoucault, et Gourville dont l'active et courageuse industrie devait guider la troupe et pourvoir aux besoins du voyage.
Décidé à se faire tuer plutôt que de se laisser prendre, M. le Prince marcha jour et nuit avec la plus extraordinaire diligence.il traversa le Périgord , le Limousin et l'Auvergne , s'arrêtant à peine quelques heurespour prendre de la nourriture, et évitant avec un soin presque égal d'être reconnu par des amis ou des ennemis. Hommes et chevaux tombaient épuisés de lassitude. Il fallut porter le jeune Mar-
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sillac et le soutenir sur son cheval. M. le Prince seul se montra toujours insensible à la fatigue et de la plus inaltérable gaieté. Il faisait la cuisine dans les cabarets , soutenait la conversation dans les rencontres, et s'acquittait mieux qu'aucun de ses compagnons des différens rôles que leur imposait la nécessité. Enfin , arrivés le samedi-saint sur la Loire , ils passèrent ce fleuve devant La Charité.
Des postes étaient placés hors la ville pour visiter les passe-ports des voyageurs. M. le Prince commanda avec autorité à un des soldats de garde d'aller avertir le gouverneur* qu'un de ses amis l'attendait à la porte de la ville pour lui communiquer quelque chose d'important. Puis se tournant vers ses compagnons, il leur dit à haute voix de passer devant et qu'il les rejoindrait bientôt. En effet , au bout d'un quart -d'heure il feignit d'être ennuyé d'attendre , chargea les soldats de faire ses complimens au gouverneur, et, piquant des deux, il échappa à leurs regards sans qu'ils s'avisassent de le poursuivre.
1 Le gouverneur était le comte de Bussy-Rabutin qui , l'année précédente , avait fait la guerre pour les Princes , mais qui servait alors la cour.