‹ Histoire de la Fronde (volume 2)Chapitre 61 sur 149 · CHAPITRE XV11I. 1Ô · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV11I. 1Ô

laissa le commandement de l'armée à MM. de Tavanne et de Vallon , et se mit en route pour Paris avec les ducs de Beaufort, de Nemours et de La Rochefoucault. A leur approche, tout ce qui restait de noblesse dans la ville ceignit l'écharpe isabelle. Le duc d'Orléans, cachant la méfiance et la jalousie qu'il nourrissait en secret contre son cousin , se prépara à Palier recevoir, et la populace , toujours disposée à soutenir les seigneurs contre les magistrats , s'ameuta sur les places au cri de vivent les Princes! et mort aux Mazarins! Les bourgeois , au contraire , prirent les armes à la première réquisition du lieutenant civil, et marchèrent contre les séditieux; ils arrêtèrent même sur le Pont-Neuf quelques-uns des plus emportés qui furent condamnés à mort par la Tournelle et immédiatement exécutés. Il semblait cependant difficile que le Parlement pût résister à la fois aux attaques de la cour et à celles des factions qui s'agitaient dans la ville. Quelques-uns , épouvantés d'avoir à lutter contre tant d'ennemis , proposaient de s'accommoder avec la Reine ou avec le parti des Princes. Mais le plus grand nombre des magistrats repoussaient ces conseils d'une

prudence timide , et se montraient résolus à suivre jusqu'au bout une politique généreuse et indépendante. La veille du jour où M. le Prince était attendu , les présidens à mortier et les autres chefs des compagnies souveraines , réunis pour délibérer sur l'état des affaires , convinrent entre eux « que les » troupes de MM. les Princes ne seraient point » reçues dans Paris, et que l'armée royale en )> serait également repoussée tant qu'au mé- » pris des arrêts du Parlement, le cardinal » Mazarin continuerait à siéger dans les con- » seils de Sa Majesté. »

Plusieurs voulaient aussi former opposition à l'entrée dans Paris du prince de Condé, attendu que des lettres-patentes duement enregistrées l'avaient déclaré criminel de lèsemajesté. L'avocat-général Talon fit observer cependant « que, depuis sa condamnation, » Son Altesse avait envoyé un sien gentil- » homme pour remontrer qu'il n'avait pris les » armes que pour s'opposer à la rentrée du » cardinal Mazarin : motif qui pouvait lui don- » ner des droits à l'indulgence de la compa- » gnie. Les lettres du Roi, bien qu'enregis- » trées , ne pouvaient d'ailleurs avoir plus de

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