CHAPITRE XVIII. l
» force qu'une contumace. Or, une contumace » étant mise au néant par la représentation » quel1 accusé fait de sa personne, ledit sieur » Prince présent , et demandant à se justifier, » ne pouvait être dit m reatu , et avait droit » d'être entendu dans sa défense. »
L'avocat-général Bignon appuya les raisons de son confrère. Les magistrats concevaient, d'ailleurs , qu'il n'était pas dans leurs intérêts de réduire au désespoir le prince de Condé , de peur qu'il ne se réconciliât avec le cardinal Mazarin , et ne réunît ses forces à celles de la cour. Tous tombèrent donc d'accord « que » M. le Prince et les seigneurs de son parti se- » raient reçus dans Paris, pourvu qu'ils n'ame- )> nassent aucunes troupes; mais que s'ils se pré- » sentaient aux Cours souveraines pour y siéger » en leurs places accoutumées en qualité de » ducs et pairs, ils seraient admonestés sans » ménagement, touchant leur alliance avec les » ennemis de l'Etat, et le mépris qu'ils fai- » saient paraître de l'autorité royale. »
Le lendemain de son arrivée , M. le Prince vint en effet occuper sa place au Parlement. « Il remercia respectueusement la compagnie )> d'avoir trouvé bon de surseoir à l'exécution
>» des lettres-patentes envoyées contre sa her- » sonne et celles de ses amis, sous le nom du »» Roi. L'événement avait suffisamment prouvé » que ce qu'il avait toujours dit du retour du » cardinal Mazarin n'était pas un prétexte » recherché pour troubler l'Etat. Il protestait » n'avoir jamais eu d'autres pensées que d'em- » ployer sa vie pour le bien du royaume et » l'exécution des volontés de la compagnie , » et renouvelait l'engagement de poser les » armes aussitôt que le cardinal Mazarin se m serait soumis aux arrêts rendus contre lui. » Les conseillers de la nouvelle Fronde s'efforcèrent de faire valoir la modestie de ce langage; mais le président Bailleul répondit avec sévérité « que le Parlement ne pouvait voir » de bon œil un prince du sang, criminel de » lèse-majesté, en alliance déclarée avec les » ennemis de l'État , et siégeant sur les fleurs » de lys , les mains encore tachées du sang des » troupes royales. »
Au sortir du Parlement, les Princes se rendirent à la Chambre des comptes : en les voyant entrer, le premier président, Nicolaï, se leva de son siège et quitta la salle. Ils allèrent ensuite à l'Hôtel-de-Ville où une assemblée