CHAPITRE XVIII. l652. l
» cardinal Mazarin , ayant suivi d'un jour la » séance que Votre Majesté prit en son lit de
» cœurs et dans les esprits soient renversées. L'oserons-nous » dire, avec le respect que nous devons à Votre Majesté? » la cause des rebelles , déjà condamnée par tous , semble » aujourd'hui bonne au jugement du plus grand nombre , » même parmi les sages et les gens de bien. Le cardinal » Mazarin dit qu'il vous amène des secours ; il pourrait » dire avec plus de vraisemblance qu'il est venu au se- » cours de M. le prince de Condé; car, pour ce peu d'é- » trangers dont il s'est fait accompagner, il vous ôte un » nombre infini de vos bons et fidèles sujets. Ceux qui se » sont écartés de l'obéissance qu'ils vous doivent auraient » été bientôt forcés de rentrer dans le devoir, et ces mou- » vemens allaient disparaître quand le cardinal Mazarin » est venu lui-même justifier la cause qui les a fait naître.
» Nous ne pouvons , Sire , perdre les espérances que » nous avons conçues de votre règne. Elles sont fondées » sur votre royale naissance et sur tant de vertus qui re- » luisent déjà en votre personne. Éloignez donc de vos » conseils celui qui vient corrompre la félicité des pre- » miers jours de votre majorité, comme ces orages qui se » forment au matin , d'autant plus fâcheux et plus mal- » faisans qu'ils gâtent les premiers et les plus purs rayons » de la lumière, et font craindre pour la sérénité de tout » le jour.
» Nous supplions très-humblement , Sire , Votre Ma- » jesté de se souvenir qu'après que le cardinal Mazarin » eut quitté le royaume , épouvanté lui-même des trou-
d34 HISTOIRE DE LA FRONDE.
» justice pour sa majorité , nous ne pouvions » douter de cette promesse faite à vos sujets » à la vue de toute la France. Nous, déposi- » taires de la foi publique, eussions cru com- » mettre un crime de nous en défier , et ce- » pendant cet homme ambitieux et perfide » s'est rapproché de votre personne , et a été » reçu dans vos conseils.
» Ce changement de vos resolutions , Sire , » remplira d'étonnement toute l'Europe ,
» blés qu'il y avait causés , il vous plut accorder aux ■ vœux de tous vos sujets une déclaration qui lui défen- » dait à jamais de rentrer sur les terres de votre obéis- » sance. C'est à nous , par le devoir de nos charges , >• d'assurer l'exécution d'une parole si solennelle. Les » paroles des rois , comme elles font le destin des hom- » mes, doivent être inébranlables, et leur loi est vé- « rite. Nous ne pouvons pas croire que le cardinal Ma- » zarin soit revenu par vos ordres. Où serait l'égalité , » l'uniformité qui doit se trouver en la justice? où serait » la foi due à une promesse royale?
» M. le prince de Condé offre, par la requête qu'il a » présentée au parlement de Paris , d'exécuter la décla- » ration qui le regarde sitôt que le cardinal Mazarin se » sera soumis à votre loi. Otez à ce prince , Sire , la raison » ou le prétexte dont il se sert pour décorer sa rébellion ; » si elle dure encore après cela, il ne lui restera plus aux » yeux de tous que sa naturelle difformité. »