CHAPITRE XVIII. l652. I 3j
Le président de Nesmond et quatre conseillers, chargés de faire entendre au Roi ces remontrances, partirent pour joindre la cour. Introduit dans le cabinet de Leurs Majestés , le président se préparait à s'acquitter de sa mission, quand le jeune Roi lui arracha le papier des mains avec vivacité, disant qu'il en parlerait à son conseil. Nesmond crut que le Roi agissait ainsi par ignorance des formes , et se mit en devoir de lui expliquer « que les » remontrances se faisaient de vive voix ou » par écrit, suivant la gravité des matières; » qu'en cette occasion si importante le Par- » lement avait jugé nécessaire de coucher » par écrit les causes du péril extrême que » courait FEtat , et qu'il était sans exemple , » depuis l'institution des Parlemens, qu'un
actes tyranniques de l'administration du cardinal Mazarin, et, à l'occasion du siège de Paris*, en 1649, on l'accuse d'avoir voulu faire périr par la faim, dans la bonne ville de Paris, deux millions de personnes. On trouve dans un pamphlet publié en i652 , que la capitale comptait plus de six millions d'habitans. Cette dernière erreur est plus grossière, mais moins surprenante que celle commise par le Parlement. Toutes les deux prouvent la grande ignorance de l'administration du temps.
l38 HISTOIRE DE LA FRONDE.
» roi de France eût refusé de prêter l'oreille )» à des remontrances faites en cette forme. » Le royal enfant , rouge de colère , interrompit le magistrat , répétant deux fois : Retirez-vous, Messieurs, retirez-vous. Un débat très-vif s'éleva alors entre les députés , qui insistaient pour donner lecture des remontrances , et la Reine qui leur reprochait cette obstination comme un manque de respect envers le Roi dont la volonté se faisait suffisamment connaître. Force fut enfin au président Nesmond de quitter la place; mais, en prenant congé du Roi, il lui dit avec dignité : « Sire, nous nous retirons puisque Votre Ma- » jesté nous le commande. C'est avec un grand » déplaisir de ce qu'il ne lui a pas plu de faire » lire les remontrances de son Parlement. » Nous déchargeons nos consciences des mal- » heurs qui en peuvent arriver, et nous en » imputerons la faute à celui qui vous donne » ces conseils et à ceux qui le soutiennent , » lesquels sont la cause de tous les maux que » souffre le royaume. »
Au retour du président de Nesmond dans Paris , le Parlement se montra fort affligé de la réception faite à ses députés ; mais, loin de