CHAPITRE XVIII. l652. i3g
s'en laisser décourager, il persévéra avec plus d'énergie dans la ligne de conduite qu'il s'était tracée, et il ne se passait pas de semaines que des députés du Parlement, de la Chambre des comptes , de la Cour des aides et de l'Hôtel-de-Ville, ne vinssent devant le Roi réclamer , au nom de leurs compagnies , l'exécution de la parole royale touchant l'éloignement du Cardinal : démarches toujours accompagnées d'arrêts qui flétrissaient la révolte armée , l'alliance avec les Espagnols ; défendaient la levée des gens de guerre dans la capitale, et l'approche des troupes rebelles dans les campagnes environnantes.
M. le Prince , ne trouvant aucune ressource dans la ville de Paris , regrettait d'autant plus amèrement de s'être éloigné de ses troupes, que chaque jour elles éprouvaient de nouveaux échecs. Après le combat de Blesneau , le Roi et la Reine , sous la conduite de M. de Turenne, s'étaient rendus de Corbeil à Saint»Germain , en faisant le tour de Paris ; MM. de Tavanne et de Vallon avaient essayé de leur barrer le chemin ; mais Turenne , se jetant bien loin sur sa droite, suivit le cours de la rivière d'Yonne jusqu'à Montereau, puis
a 4° HISTOIRE DE LA FRONDE.
traversant la forêt de Fontainebleau *, il e'tait arrivé deux heures avant l'ennemi à La Ferté- Alais d'où il couvrait Melun et Corbeil. MM. de Tavanne et de Vallon occupèrent alors Etampes et les campagnes voisines , où de grands approvisionnemens se trouvaient réunis , et M. de Turenne établit son camp à Arpajon.
Les deux armées en présence s'observaient depuis quelques jours, quand mademoiselle de Montpensier, ennuyée du séjour d'Orléans, traversa Etampes pour revenir à Paris; les généraux des Princes lui rendirent de grands honneurs **, et voulurent par galanterie recevoir maréchales-de-camp les comtesses de Fiesque et de Frontenac, à qui Mademoiselle avait .donné ce titre.
Un grand désordre suivit cette cérémonie; les soldats , dispersés dans les villages , étaient occupés à boire et à se réjouir , quand le comte de Broglie , les attaquant à l'improviste , leur enleva plusieurs quartiers, et les mit dans une complète déroute. En un instant la plaine fut couverte de fuyards qui se sauvaient vers Etampes. MM. de Tavanne et de Vallon
* 24 avril.
** 4 mai-