‹ Histoire de la Fronde (volume 2)Chapitre 71 sur 149 · CHAPITRE XVIII. l652. l4l · texte numérisé non relu

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tinrent ferme en avant des portes , et parvinrent à empêcher les troupes royales d'entrer pêle-mêle avec leurs soldats; mais M. de Turenne forma aussitôt le siège de la place , et il ne pouvait manquer de s'en rendre maître si les assiégés ne recevaient de prompts secours.

La prise d'Etampes eût consommé la ruine de M. le Prince. De tous les points de la France il apprenait alors les désastres de son parti. Le comte d'Harcourt obtenait chaque jour en Guyenne des avantages sur le général Marsin; le prince de Conti ne se maintenait dans Bordeaux que par l'appui honteux des Ormistes ; après une défense héroïque, le marquis de Persan se voyait réduit à capituler dans Montrond ; enfin dans les provinces de Normandie , de Bretagne , de Bourgogne , de Languedoc , de Béarn , de Dauphiné , de Provence, les Parlemens, se conformant de tout point aux exemples de celui de Paris, réprimaient toutes les tentatives faites en faveur des Princes , en même temps qu'ils multipliaient les remontrances contre le cardinal Mazarin. M. le Prince, réduit à cette extrémité , sollicitait vivement les secours de

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l'Archiduc; mais celui-ci, occupé des sièges de Gravelines et de Dunkerque, ne pouvait diviser son armée. Comprenant cependant combien il importait à l'Espagne d'alimenter la guerre civile en France , Léopold traita avec le duc de Lorraine qui , pour une somme d'argent, promit d'entrer dans le royaume avec ses troupes, et de faire lever le siège d'Etampes.

Ce faible appui ne suffisait pas au prince de Condé ; il ne pouvait échapper à une ruine certaine que si le Parlement , changeant de politique , l'autorisait à faire dans Paris des levées d'hommes et d'argent, et entraînait, par l'autorité de son exemple, toutes les compagnies souveraines du royaume. C'était dans cette espérance qu'il avait quitté la Guyenne ; et depuis son retour à Paris, il travaillait avec une application soutenue à séduire des magistrats , à gagner des partisans dans la bourgeoisie. Mais en dépit de ses efforts, le tiers -parti acquérait chaque jour plus de consistance. Le duc d'Orléans n'était soutenu, dans le Parlement, que par un petit nombre de conseillers , et le duc de Beaufort , puissant encore parmi les artisans et les gens de

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la lie du peuple , ne conservait aucun crédit sur les bons bourgeois depuis qu'il s'était séparé du Coadjuteur.

Ce dernier , promu enfin au cardinalat par le souverain pontife ' , n'avait point encore reçu le chapeau des mains du Roi, et ne

1 C'était en ce temps et c'est encore aujourd'hui la coutume que le Pape nomme un cardinal sur la présentation de chacune des couronnes catholiques toutes les fois qu'il fait une grande promotion dans le sacré collège , c'està-dire toutes les fois qu'il nomme plus de deux cardinaux proprio motu. L'époque de ces promotions étant indéterminée , et habituellement tenue secrète, les nominations des couronnes doivent être faites long-temps à l'avance , et elles peuvent être révoquées jusqu'au moment où les cardinaux sont proclamés en grand consistoire.

Anne d'Autriche , en remettant au Coadjuteur sa nomination ( voir la page 36o du second volume ) , avait ordonné secrètement au bailli de Valançay , son ambassadeur à Rome , de ne rien épargner pour en retarder l'effet , et elle se promettait de la révoquer au moment où elle ne craindrait plus la vengeance du Coadjuteur. Celui-ci , bien informé des intentions de la Reine , pressa sa nomination à Rome avec une grande activité. Deux circonstances lui furent favorables : le pape innocent X ennemi personnel du cardinal Mazarin , se portait volontiers à décorer de la pourpre l'homme qu'il croyait destiné à remplacer ce ministre 7 et monsignor Chigi , se-

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pouvait , suivant les règles de Pétiquette , paraître aux séances du Parlement ni dans

crétaire des brefs (pape depuis, sous le nom d'Alexandre VII ) , ayant parole d'être cardinal à la première promotion , faisait tous ses efforts pour la hâter. Enfin , après trois mois d'intrigues et de négociations , le terme des lenteurs semblait arrivé quand le bailli de Valançay, qui lui-même prétendait au chapeau , imagina , pour perdre son compétiteur à Rome , de l'accuser indirectement de jansénisme. Un tel soupçon ne permettait pas de passer outre , et , malgré les instances de l'abbé Charrier qui postulait pour le Coadjuteur, la promotion fut ajournée jusqu'à ce que celui-ci se fût justifié. Dans la vérité, Gondi n'était ni janséniste ni moliniste , et il ne s'inquiétait guère de controverses théologiques; mais son aine noble et fière ne se pliait sous aucun despotisme ; et quand on lui proposa d'humiliantes apologies, il répondit qu'on n'avait pas le droit de le soumettre à de telles inquisitions , et qu'il aimait mieux renoncer à la pourpre que de l'obtenir à ce prix. L'abbé Charrier supprima cette lettre qui eût tout perdu sans retour, et la nouvelle étant arrivée à Rome que le cardinal Mazarin reprenait son ancien poste au conseil , le Pape comprit qu'il n'avait plus qu'un moment pour réaliser ses bonnes intentions en faveur de Gondi , et convoqua un consistoire.

Le premier soin du cardinal Mazarin , en arrivant à Poitiers, avait été en effet de faire expédier la révocation et de l'envoyer au bailli de Valançay, avec ordre néanmoins de ne la signifier qu'à la dernière extrémité. Valançay,

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