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ment. « Le [propriétaire d'un bateau chargé » de grains étant mort au moment de la » vente du chargement, cette vente avait été » interrompue par suite de contestations entre » les héritiers , et le bateau avait été conduit » à quelques toises au-dessous de sa place >» dans le port : les bruits répandus dans la » ville Savaient pas eu d'autres fondemens. »
Ce rapport, confirmé par celui de Broussel, fut aussitôt rendu public ; mais tous les soins des magistrats ne parvinrent pas à calmer l'alarme. L'e'meute devint de plus en plus vive ; des hommes à figures sinistres , rassemblés sur les places, se portèrent enfouie au Luxembourg , et pénétrèrent sans rencontrer de résistance dans les cours et dans les appartemens. Plusieurs disaient tout haut « qu'on les avait » fait venir pour tuer le prévôt des mar- » chands. » Cet officier, mandé par le duc d'Orléans , s'étant présenté, suivi de ses échevins , fut en effet assailli par la canaille , et se sauva à grand'peine dans le cabinet du prince.
Après quelques discours indifférens, Gaston congédia les officiers de la ville , et les reconduisit jusqu'à la porte extérieure du Luxem-
bourg , « ne voulant pas , disait-il , qu'on » leur fit du mal dans sa maison. » Mais à peine furent-ils dehors , que la foule se précipita à leur poursuite , brisa et mit en pièces leur carrosse dans la rue de Condé. Le marquis du Vigean , et d'autres seigneurs assemblés devant l'hôtel de M. le Prince , s'amusaient de ce spectacle , et s'emparèrent même des chevaux qu'ils emmenèrent en triomphe. Le prévôt des marchands , frappé d'un coup de pierre h la tête, se sauva dans le cabaret du Biche Laboureur, et parvint à gagner la campagne '. Les échevins , également blessés, furent recueillis dans une maison autour de laquelle les séditieux restèrent attroupés jusqu'au milieu de la nuit, demandant à grands cris qu'on leur livrât les Ma/.arins.
Ce même jour une autre troupe attaqua M. de Colbert, qui retournait à Saint- Germain muni d'un passe-port du Parlement. Cette fois la garde bourgeoise , se trouvant en force , arrêta six des assaillans , mais le duc
* Le cabaret du Riche Laboureur avait une issue sur les fossés de la ville , entre la porte Saint-Germain et la porte Saint-Michel.
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de Beaufort les fit remettre en liberté, disant « qu'ils étaient de ses gens , et que sous trois » jours il leur donnerait une autre curée , si » d'ici là on ne faisait bonne justice de j> Mazarin '. »
1 Depuis les premiers jours du mois de mai Paris fut le théâtre de continuels désordres. Les Mémoires de Conrart que nous avions consultés manuscrits à la bibliothèque de l'Arsenal , venant d'être publiés par les soins de M. le conseiller Monmerqué , nous avons supprimé de notre ouvrage beaucoup de détails que le public trouvera avec plus d'intérêt dans ces Mémoires mêmes. Nous laissons cependant subsister la note suivante qui fait bien connaître l'état de la capitale et les mœurs du temps.
« Le mercredi 8 mai , la duchesse de Bouillon étant » partie avec tous ses enfans , suivie de deux chariots » chargés de meubles , s'arrêta aux Incurables ( rue de » Sèvres ) , où la duchesse d'Aiguillon lui avait donné » rendez-vous pour aller ensemble à Saint-Germain. La » populace , ayant remarqué les livrées , commença à » crier : Aux Mazarins l que c'était la sœur du maréchal » de Turenne qui venait avec ses gens piller et briller » jusqu'aux portes de Paris ; qu'il avait résolu d'en affa- » mer tous les habitans , en se rendant maître des pas- » sages; que c'était pour cela qu'elle s'en allait, et qu'il » la fallait retenir pour gage. Ces premières crieries » firent amasser un très-grand nombre de personnes de » tout âge et de tout sexe qui leur dirent cent outrages » et les menaçaient à chaque moment de les étrangler.
Les gens du duc de Beaufort étaient cent vingt malfaiteurs délivrés des cachots de la Conciergerie , qui tout le jour parcouraient
On leur fit voir le passe-port de M. d'Orléans, dont ils se moquèrent, et dirent qu'ils ne se souciaient ni des Princes ni de leurs passe-ports, et que s'ils pensaient laisser ainsi sortir tous les Mazarins qui étaient dans Paris, on ne se fierait plus à eux. Un homme qui était le plus proche du carrosse prit le mouchoir que la duchesse de Bouillon avait sur son cou à pleines mains , et lui serrait la gorge en lui disant mille injures. Elle lui dit , avec autant de tranquillité que si elle eût été assise bien à son aise dans sa chambre , qu'elle avait la gorge si sèche qu'il ne ferait que se blesser ; et ensuite elle le flatta et le cajola , disant que s'il voulait il la tirerait de la peine où elle était; qu'elle voyait bien qu'il était honnête homme, et qu'il n'avait aucun dessein de lui mal faire. Cela gagna si promptement ce maraud , que tout d'un coup il lui dit qu'elle ne craignît rien, et qu'il mourrait plutôt que de souffrir qu'il lui arrivât aucun mal. Enfin elle les pria tous de résoudre ce qu'ils voulaient faire d'elle et de ses enfans; qu'ils les laissassent passer , ou du moins qu'ils les remenassent au palais d'Orléans. Ils lui accordèrent le dernier , et firent tourner les carrosses et les chariots, qui furent toujours suivis de toutes ces canailles. Il fallut qu'ils vissent décharger tout le bagage dans la cour avant que de se retirer. Ils dirent à M. d'Orléans qu'ils lui mettaient toutes ces personnes-là dans ses mains