CHAPITRE XVIII. l65'2. l
la ville avec des cris de cannibales. Le soir ils se réunissaient dans le jardin du Luxembourg, et s'entretenaient familièrement avec les Princes qui paraissaient sur le balcon. Une fois , le prince de Condé, ayant à ses côtés le duc de Damville , le leur montra par plaisanterie ,
disant « qu'il était un franc Mazarin.
)> Morbleu ! Monsieur , prenez donc garde ! » s'écria brusquement Damville. Ceci est-il » une copie de l'original que vous fîtes voir » l'autre jour au prévôt des marchands? » M. le Prince rougit et baissa la tête ; le duc d'Orléans , plus endurci , reprit : « Qu'après » tout il n'y avait eu personne de tué, et que » ce n'était pas grand malheur que le peuple » se réveillât un peu. »
Ces odieux moyens n'obtenaient pas cependant le succès qu'on s'en était promis ; le Par-
» pour en répondre , et qu'ils le suppliaient de ne donner
» aucuns passe-ports aux Mazarins , afin que si on entre-
» prenait quelque chose contre Paris ou les faubourgs r
» ils pussent user de représailles sur ceux qui seraient en
» leur puissance. Au lieu de les gourmander et de les
» reprendre du peu de respect qu'ils avaient eu pour
» son passe-port , il les caressa , et leur fit donner trente-
» huit pistoles, après quoi ils s'en allèrent. »
l54 HISTOIRE DE LA FRONDE.
lement restait inflexible. Désespérant de vaincre sa résistance, M. le Prince essaya de se passer du concours des magistrats pour faire dans Paris des levées de soldats et d'argent. Il employa un certain Peny ' , homme fort accrédité parmi les séditieux , et parvint à rassembler dans le pré des Chartreux ,
' Ce Peny était trésorier de France à Limoges , et avait épousé la nièce de Broussel. Ses aventures sont bizarres : dans sa jeunesse , il avait été secrétaire de M. de Jaubert de Barrault , ambassadeur de Louis XIII en Espagne auprès de Philippe III ; celui-là même qui assistant, à Madrid , à la représentation d'une tragédie dont le sujet était la bataille de Pavie , sauta sur le théâtre, et passa son épée au travers du corps d'un acteur qui tenait le pied sur la gorge à François 1er. Après le rappel de M. de Barrault , Peny resta à Madrid en qualité de résident. Il paraît qu'à l'exemple de son maître, il traitait cavalièrement les affaires diplomatiques. Ayant un jour répondu avec beaucoup de hauteur au comte-duc d'Olivarès , ce ministre tout-puissant le fit enlever secrètement et. enfermer dans une chambre au quatrième étage d'une maison très-écartéc , où il le retint dix-huit mois sans lui donner même la permission d'entendre la messe. Un des gens de Peny, ayant découvert la retraite de son maître, parvint à lui faire passer de l'encre et du papier, au moyen de quoi celui-ci écrivit un grand nombre de notes qu'il jetait ensuite par la fenêtre, adressées au nonce du Pape, aux