CHAPITRE XVIII. l652. l
proche du Luxembourg , vingt mille hommes en état de porter les armes. Des viandes et du vin leur furent distribués en abondance. Peny, doué d'une grossière éloquence et d'une voix de Stentor, les harangua pendant plusieurs heures; puis, assisté de quelques hommes choisis dans les diftérens quartiers , il dressa un- rôle militaire : inscrivant comme soldats ceux qui lui étaient signalés pour leur
ambassadeurs de Venise , de Florence, etc. Sur les instances du corps diplomatique, Peny fut enfin remis en liberté et renvoyé en France; mais on lui fit payer tant d'argent pour sa dépense pendant sa prison , et pour les frais de son escorte , qu'il arriva sur la frontière sans ressource et obéré de dettes.
De retour à Paris , le cardinal de Ricbelieu le reçut fort bien , mais ne lui fit payer ni indemnité pour ses pertes , ni même l'arriéré de ses appointemens. Quelque temps après, la reine mère Marie de Médicis étant morte à Cologne, M. de Chavigny proposa à Peny d'aller sur les lieux tant pour faire faire l'inventaire des meubles de la Reine que pour amener son corps. Peny accepta, et gagna dans cette mission (sans qu'on puisse trop deviner comment) une somme de cent mille livres avec laquelle il acbeta une charge de trésorier de France. Son alliance avec la nièce de Broussel l'engagea fort avant dans les affaires de la Fronde. Il fut excepté de l'amnistie publiée après le retour du Roi à Paris.
l56 HISTOIRE DE LA FRONDE.
courage , et assignant à chacun la maison d'un bon bourgeois pour y recevoir la solde et le logement. Les ducs de Beaufort et de Tarente , commis par M. le Prince pour procéder avec Peny à ce recrutement , exercèrent les nouveaux soldats au maniement des armes , et annoncèrent , après quelques jours de manœuvre , que M. le Prince en personne les conduirait à Saint-Denis contre l'armée royale.
Le rendez-vous fut assigné dans la plaine entre Chaillot et le bois de Boulogne. Au jour fixé, le duc de Beaufort parcourut les quartiers les plus peuplés de la ville , criant de toutes ses forces : « Qui m'aime me » suive. » Il se fit suivre en effet d'une trèsnombreuse cohue; mais quand le héros de Lens et de Rocroy vit les soldats qu'on lui donnait à commander , il en conçut une honte extrême , et fit tous ses efforts pour les engager à se retirer. N'ayant pu s'en débarrasser, il les forma en bataillons, et leur donna des officiers auxquels il recommanda de tenir leurs gens hors de la portée de l'ennemi, et d'empêcher seulement qu'ils ne se débandassent pour piller la campagne. Se mettant en-