CHAPITRE XVIII. l65îi. l5o
» arrêts : concluant à demander pour lui et » pour son cousin le prince de Condé une au- » torité absolue, dont il promettait qu'ils se » serviraient pour tout sauver. »
Quand le duc d'Orléans eut fini de parler, les cris forcenés de la populace assemblée autour de la grand'Chambre le saluèrent du titre de vice-roi, et les ducs et pairs , présens à la séance , répétèrent : « Qu'il ne restait plus » d'autre ressource que de s'en remettre de » toute cbose à MM. les Princes , plus in- » téressés que personne à la conservation » de la monarchie, et qui devaient être » priés d'employer leur autorité pour remé- » dier aux émeutes et aux désordres ; comme » aussi autorisés à lever autant de troupes et » d'argent qu'ils le jugeraient nécessaire. »
A peine se trouva-t-il quatre conseillers disposés à sanctionner un si grand attentat contre l'autorité royale et celle de la compagnie. La plupart refusèrent d'opiner, « pour » qu'il ne restât pas trace d'un si grand scan- » dale sur les registres. » D'autres, désespérant d'exercer à l'avenir leurs charges avec indépendance, proposaient « de ne plus paraître » au Palais, et de se retirer chacun chez soi. »
l6o HISTOIRE DE LA FRONDE.
Orner Talon réprimanda généreusement ceux de ses confrères qui se montraient ainsi découragés. « La justice, dit-il, est un dépôt sacré dont nous sommes débiteurs au Roi et à l'Etat. Au péril qui nous menace, nous devons opposer ou le mépris du péril même, ou une résistance préparée suivant les conseils de la prudence. Le mépris du péril, chacun de nous le porle en son cœur, et peut ainsi se passer d'assistance. Que si outre cette fermeté naturelle quelque chose peut être donné à la prévoyance, enjoignons au prévôt des marchands de faire garder le Palais par les compagnies bourgeoises. A la vérité on travaille de toutes parts à nous décréditer. Les colonels seront bientôt sans autorité, voire même les capitaines sans obéissance. Mais quand l'esprit de rébellion et de désordre saurait seul se faire écouter, nous ne cesserons pas pourtant de donner des ordres conformes aux lois; nous saurons mourir si le moment en est venu ; et , après tout, dans l'état où la république est réduite : Non est tanti vivere (il importe peu de vivre ). »
Déconcerté de l'accueil fait à sa proposi-