CHAPITRE XIX. lf>52. iy
raine était la suite de leur traité. Il est probable en effet qu'un traité avait été conclu, mais il Test également que le Duc s'était réservé en secret de prendre conseil des circonstances, et qu'en définitive les négociations de Châteauneuf eurent moins de part à l'événement que les manœuvres de M. deTurenne.
Ce général, quittant tout-à-coup sa position d'Etrichy , s'était porté sur Corbeil , avait passé la rivière sur le pont de cette ville , cinq lieues au-dessus du camp des Lorrains; puis , traversant rapidement pendant la nuit la forêt de Senars et le village de Gros- Bois, il était arrivé à la pointe du jour en face de Villeneuve-Saint-Georges. Ce mouvement fut si bien ordonné et si rapidement exécuté , que l'ennemi n'eut vent de l'approche de l'armée royale qu'en la voyant paraître. Il fallait se retirer ou combattre. Dans l'espoir de gagner du temps , le duc de Lorraine envoya son capitaine des gardes parlementer avec M. de Turenne. Celui-ci ne se laissa point amuser, et répondit, sans suspendre sa marche ' : « Que si le Duc voulait évi-
' Le prétendant Charles Stuart se trouvait alors dans
» ter la bataille , il devait livrer son pont sur )) la Seine, et se mettre sur l'heure même en » marche pour quitter la France avec son » armée. »
Cependant MM. de Tavanne et de Vallon, ayant trouvé libre la route directe d'Etrichy à Villeneuve - Saint - Georges , s'avançaient en toute hâte. Des courriers annonçaient incessamment leur arrivée , mais leurs avantpostes ne paraissaient point encore. Le duc de Lorraine eut recours à divers expédiens pour obtenir quelque répit ; M. de Turenne ne lui accorda qu'une demi-heure, et lui envoya, par le marquis de Gadagne ' , un écrit contenant les conditions du traité qu'il
le camp du duc de Lorraine; le duc d'York, son frère, servait dans celui de M. de Turenne qui l'envoya porter ces conditions au duc de Lorraine. Celui-ci « reçut le » duc d'York sur le ton de plaisanterie qui lui était or- » dinaire ; mais Son Altesse Royale s'aperçut sans peine » que cette manière railleuse qui lui était naturelle en » d'autres temps, était dans ce moment extrêmement ■» forcée. »
Mémoires de Jacques II, écrits par lui-même.
' Roger d'Hostun , marquis de La Raume dit de Gadagne , mort en 1692. Il avait épousé , en 1648 , Cathe-