CHAPITRE V
voyait que les prétentions des magistrats , leurs longs discours , leurs formalités minutieuses deviendraient bientôt insupportables au prince de Condé , provoqueraient Timpétuosité de son caractère, et amèneraient une rupture qui changerait la face des affaires.
La Reine céda aux conseils de son ministre, ou plutôt à la nécessité; elle accepta la médiation du prince de Condé , et lui adjoignit le duc d''Orléans-. L'un et Tautre écrivirent le jour même au Parlement , pour lui proposer une conférence. La lettre du prince de Condé était ainsi conçue :
« Messieurs,
» Ne pouvant aller au Parlement, ainsi » que vousmVviez témoigné le souhaiter par » votre députation dliier, et prévoyant les )) inconvéniens qui pourraient arriver, si » vous continuiez vos délibérations sans que 1) j'eusse le bien de vous voir avant, j'ai cru » vous devoir inviter à une conférence où » nous puissions traiter des désordres qui sont » présentement dans l'Etat, et tâcher d'y ren médier. La Reine est dans les sentimens de
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» bonté que vous pouvez souhaiter. M. le duc
M d'Orléans vous témoigne assez les siens par
» la lettre qu'il vous écrit ; et moi je n\ii point
» de plus forte passion après celle de main-
» tenir Pautorité royale , que celle de vous
» servir. Faites donc paraître en cette occa-
» sion Taffection que vous avez toujours té-
» moignée , en contribuant par tout ce qui
I» est en vous à raccommodement des aflfai-
« res; et donnez-moi, par les services que je
M vous rendrai auprès de Sa Majesté, Pocca-
» sion de vous prouver que je suis ,
» Messieurs ,
M Votre très-humble et très- » affectionné serviteur,
» Louis de Bourbon.
» De Ruel, ce 23 septembre i648. »
Ce langage, bien différent de celui qui avait été tenu la veille , releva tellement la fierté des magistrats , que plusieurs refusèrent la conférence demandée. « C'était, disaient-ils, »> aux princes , membres de la compagnie , à » venir délibérer dans son sein, et non pas