CHAPITRE VI
s'efforça de l'en détourner. Mais les hommes de cette trempe ne varient guère dans leurs résolutions ; ils ne purent rien gagner Tun sur l'autre , et s'étant séparés avec de mutuelles assurances d'estime et d'affection , chacun confiant dans ses forces se prépara à soutenir la lutte contre son redoutable adversaire. Quelle quefût l'impatience de la Reine, elle ne pouvait s'engager plus avant sans le consentement du duc d'Orléans, auquel le titre de lieuter nant-général du royaume donnait autorité sur les troupes. Elle avait jusqu'alors disposé de ce prince par le moyen de l'abbé de La Rivière, qui, toujours arbitre des volontés de son maître, mettait celte fois son crédit à haut prix. Il prétendait au chapeau de cardinal; Mazarin lui avait promis la première nomination de la couronne, et hésitait à tenir parole moins par scrupule de prostituer la pourpre, que dans la crainte de trop élever un rival. La Rivière s'irritait de ces délais, Gaston partagea le ressentiment de son favori et menaça de s'allier au Parlement. Cette résolution était cependant au-dessus de son courage , et sur ces entrefaites le prince de Condé ayant demande le cardinalat, pour le prince de Conti, son frère, La
Rivière comprit qu'ail ne pouvait s'otlenser de la préférence donnée à un tel concurrent; il ajourna ses espérances et se contenta en attendant du titre de ministre d^Etat avec Tentrée au conseil. Le duc d'Orléans, n'opposant plus aucune résistance aux desseins de la Reine, ratifia d'avance tous les ordres qu'elle voudrait donner, et promit de la suivre lorsqu'elle sortirait de la ville.
Des dispositions furent concertées aussitôt pour le siège de Paris; l'armée de Flandre quitta la frontière suffisamment défendue par les garnisons des places fortes, et vint prendre des cantonnemens dans les villages autour de la capitale. M. de Turenne reçut Tordre de ramener l'armée d'Allemagne sur le Rhin , et de se tenir prêt à se rapprocher de Paris au premier signal.
Pendant que ces mesures menaçaient le Parlement , le Coadjuteur travaillait à lui trouver des défenseurs. Ayant perdu l'espoir de donner M. le Prince pour chef au parti de la magistrature , il totirna les yeux vers le prince de Conti, qui à la vérité n'avait ni le génie, ni la réputation de son frère , mais qui ne manquait cependant pas d'esprit et de courage ,