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CHAPITRE PREMIER

La mort du Roi semble prochaine. — Richelieu veut s'emparer de la régence. — La Reine et le duc d'Orléans s'unissent. — M. de Thou forme un parti pour la défense de leurs droits. — Cinq-Mars projette l'assassinat de Richelieu. — Traité avec l'Espagne. — Arrestation des conjurés. — Honteuse faiblesse du Roi. — Lâcheté de Gaston. — Cruauté de Richelieu. — Cinq-Mars et de Thou sont condamnés. — Richelieu triomphe. — ïl meurt.

Louis XIII et le cardinal de Richelieu * , haïs de tous et se haïssant Fun Tautre, approchaient ensemble du tombeau , avec une égale constance. Le premier s''ennuyait de vivre; le second bravait la mort et la douleur comme ses autres ennemis. Décidé à n'abandonner le pouvoir qu'avec la vie , ses mesures étaient

* Armand-Jean du Plessis , cardinal de Richelieu , né le 5 septembre i585, mort le 4 décembre 1642.

Le Cardinal eut un frère et deux sœurs : Alphonse-Louis du Plessis, mort le 28 mars i653, cardinal et archevêque de Lyon.

Françoise du Plessis , mariée à René de Vignerot , seigneur de Pont-Courlay , eut de ce mariage François de TOME 1. 4

â»0 HISTOIRE DE LA FRONDE.

prises pour s^emparer de la régence après là mort du Roi, au préjudice delà Reine et du duc d'Orléans. Les gouverneurs des provinces et des places fortes , les généraux commandant les armées, étaient ses créatures ou ses amis particuliers. 11 restait en France peu de grands seigneurs indépendans et redoutables. Le Parlement avait passé sous le joug; la noblesse et le peuple semblaient soumis et résignés, et puisque Richelieu avait vaincu tant d'ennemis avec le débile appui du monarque demeuré seul, il se croyait assez fort pour conserver le prix de sa victoire.

Dans son audacieux dessein, à peine Richelieu s'occupait-il du consentement du Roi qui, fatigué de son joug, n'avait pas la force de le briser. Louis haïssait d'ailleurs sa famille plus encore que son ministre, et croyait sincèrement travailler pour le bien de ses peuples ,

Vignerot , substitué au nom et aux dignités du cardinal de Richelieu ; et Marié-Madeleine de Vignerot , mariée à Antoine de Beauvoir du Roure.

Nicole du Plessis , seconde sœur du Cardinal , fut mariée à Urbain de Maillé-Brezé , et eut de ce mariage le duc de Brezé , et Clémence de Maillé-Brezé , mariée à Louis de Bourbon, prince de Condé.

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en assurant la durée des formes et des principes de gouvernement établis sous son règne.

Quand Anne d'Autriche fut instruite des projets du Cardinal , trop iière et trop courageuse pour se laisser dépouiller sans résistance , elle s\init au duc d'Orléans qui pouvait aussi prétendre à la régence en cas de minorité , et tous deux travaillèrent en commun à former un parti pour la défense de leurs droits.

Il y avait alors à la cour un homme qui par rétendue de son esprit , Fagrément de ses manières et l'élévation de ses sentimens, obtenaitl'estime générale etla confiance intime d'un grand nombre de personnages puissans. François - Auguste de Thou ' portait un des beaux noms de la magistrature , et tenait par des alliances aux plus grandes maisons du royaume. Suspect à bon droit au despotisme ,

' François- Auguste de Thou, né en 1607, fils de Jacques-Auguste de Thou , président à mortier au par- 1 lement de Paris , auteur de l'Histoire de son temps, depuis 1 1545 jusqu'en 1607, et de Gasparde de la Châtre, fille de Gaspard de la Châtre , comte de Nancey , capitaine des gardes-du-corps du Roi.

il vivait sans emploi dans un honorable loisir, consulté par ses amis dans toutes les affaires délicates. La Reine ne pouvait choisir un conseiller plus fidèle et plus éclairé; de Thon embrassa ses intérêts avec chaleur , et fit entrer dans son parti le duc de Bouillon, Thomme de France qui pouvait le mieux la servir.

Depuis la révolte et la mort du comte de Soissons , le duc de Bouillon ' , condamné comme complice, se tenait renfermé [dans la place de Sedan dont il était souverain. Plusieurs exemples avaient dû prouver à Richelieu le peu de fond qu'il pouvait faire sur la foi de ce seigneur; il consentit cependant à lui accorder sa grâce, et lui offrit même Farmée d'Italie à commander. Lahaute capacité du duc, les talens militaires du vicomte de Turenne son

• Frédéric-Maurice de La Tour, duc de Bouillon , né à Sedan le 22 octobre i6o5 , mort le 9 août iGSa , épousa Éléonore de Bergh , de laquelle il eut dix enfans. i

Il était fils d'Henri de La Tour, vicomte de Turenne, et d'Elisabeth de Nassau , sa seconde femme. Henri de La Tour avait épousé en premières noces Charlotte de La Marck, duchesse de Bouillon , qui lui apporta en dot la principauté de Sedan.

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