‹ Histoire de la FrondeChapitre 121 sur 155 · CHAPItRE VI · texte numérisé non relu

CHAPItRE VI

leurs amis dans la compagnie, vinrent y prendre leur place , amenant avec eux tous les ducs et pairs du parti de la cour. Aux plaintes de quelques conseillers touchant le mouvement des troupes et les infractions faites à la déclaration , le duc d^Orléans répondit u que » Tintention de la Reine était d'exécuter ses )» engagemens de bonne foi et sans équivoque ; )> que sMl s'y rencontrait quelques manque- » mens, elle désirait en être avertie pour y » apporter les remèdes nécessaires; que les » princes ayant été les garans de la parole delà » Reine , tiendraient à honneur d'en procurer » Fexécution, mais aussi qu'ils ne souffriraient w pas que, sous l'apparence du bien public, » on voulût apporter des obstacles et des dif- » ficultés étudiées , et qu'ils seraient les pre- » miers à conseiller à la Reine de chercher les » voies nécessaires pour conserver l'autorité )) royale et faire subsister l'État. »

M. le Prince parla après le duc d'Orléans avec plus d'aigreur encore et de menace; le conseiller Quatre -Sous lui répondit. C'était pour l'orgueil de M. le Prince une épreuve difficile qu^'une telle controverse. Son impatience s'accrut de moment en moment;

bientôt n'en étant plus le maître, il interrompit son adversaire et Fapostropha en jurant avec un mouvement de bras qui pouvait passer pour une menace'. De violentes clameurs éclatèrent alors dans toutes les parties de la salle ; les conseillers quittèrent leurs places et se retirèrent en tumulte.

Le lendemain, le premier président parvint avec peine à calmer les esprits ; la délibération fut cependant continuée et se termina par un arrêt portant u que des commissaires, nommés » par chacune des Chambres du Parlement, » procéderaient à une enquête sur les diverses M infractions commises contre la déclaration, » et en feraient incessamment rapport à la » compagnie. »

Parmi les griefs allégués , il s'en rencontrait deux fort considérables en matière de finances. La déclaration du i[\ octobre avait ordonné que les tailles seraient assises en la

' « Les amis de M. le Prince dirent pour l'excuser que » c'était son geste ordinaire et non pas une menace. A » quoi Quatre-Sous répondit d'un air insolent, que si » c'était son geste il devait s'en corriger comme d'un » fort vilain geste. »

Mémoires de la duchesse de Nemours.

CriAPITRE VI. 1648. 287

forme ancienne ', et, pour Texécution de cet nrticle , la Cour des aides , tribunal souverain auquel appartenait le jugement des crimes de concussion, avait défendu, sous peine de mort, à tout financier, de prendre les tailles en parti '. Un arrêt du conseil cassa la disposition pénale et laissa ainsi la défense sans garantie. La déclaration avait également interdit toute anticipation du revenu public, afin que la recette de chaque année fournît aux dépenses de la même année. Au mépris de cette disposition , une ordonnance royale sollicita des avances de fonds sur les recettes de Tannée 1649, et offrit douze pour cent aux partisans pour l'intérêt de ces avances.

Ces ordonnances non vérifiées au Parlement renversaient toute Pharmonie du système établi pour la recette et la dépense , et rendaient illusoire le contrôle des compagnies souveraines. La Reine , ne jugeant pas à propos d'attendre le résultat de l'enquête ordonnée par le Parlement, fixa le jour de son départ de Paris.

' Voir l'article premier des propositions delà chambre de Saint-Louis.

' Voir la note de la page 187.

Pour cacher ce projet aux bourgeois , qui sans doute eussent mis obstacle à son exécution, aucuns préparatifs ne furent faits dans le château de Saint-Germain , bien que les maisons royales ne fussent pas alors, comme aujourd''hui , toujours prêtes à recevoir la cour, et qu^'l fallût y porter les meubles les plus nécessaires , sous peine de s''y trouver dans un dénuement absolu.

A minuit, le jour des Rois*, la Reine congédia les courtisans suivant sa coutume, et se retira dans son appartement ; quelques instans après, sortant avec ses deux fils par une issue secrète , elle se fit conduire au Cours, où le duc d'Orléans , Mademoiselle , la princesse de Condé douairière, les princes de Condé et de Conti , les ministres et les principaux officiers de la couronne se rendirent séparément. Tous partirent ensemble pour Saint- Germain où à peine trouva-t-on quelques bottes de paille pour coucher la famille royale: Anne d'Autriche éprouvait une joie trop vive en se voyant hors de Paris , et en mesure de se venger, pour sentir de telles privations.

' 6 janvier 1649.

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