CHAPITRE VI
ploi de la force , une police générale fut convoquée pour le lendemain dans la chambre de Saint-Louis, et les députés de toutes les compagnies souveraines, Farchevêque et le gouverneur de Paris , le prévôt des marchands et les échevins furent avertis de s'y trouver pour aviser en commun aux moyens de pourvoir à la sûreté de la ville.
Le Parlement se trouvait ainsi entraîné à faire la guerre au Roi, et les hommes les plus modérés , les plus attachés à leurs devoirs dans la compagnie , n'en concevaient aucun scrupule. « Nos armes sont légitimes, s'écriait » l'avocat-général Talon, puisqu'elles sont » nécessaires pour la défense de nos vies et » pour l'ouverture des passages par lesquels » le pain doit être conduit en cette ville de )) Paris. La conservation de nous-mêmes et )) de nos enfans est du droit de nature, qui )» n'a jamais été infirmé par les lois divines et » humaines. » Le sage magistrat déplorait cependant la nécessité de la guerre civile , et , dans la mission dont il était chargé auprès de la Reine, il se promettait de ne rien épargner pour la fléchir.
Malheureusement la confiance était en-
1ig9. HISTOIRR DE LA FRONDE.
core entfère à Saint-Germain ; les courtisans y répétaient que Paris ne tiendrait pas quatre jours; que les jactances du peuple et du Parlement n'étaient que de la fumée. Talon , traité comme Penvoyé d''une compagnie rebelle , sollicita vainement une audience de la Reine. On ne voulut pas même le laisser entrer à Saint-Germain , et il obtint à grand'peine la permission de passer la nuit dans une maison du faubourg. Le lendemain, il parvint jusqu'au chancelier, mais n'en reçut q«e des paroles de rigueur. « Sa Majesté avait résolu de » se faire obéir à quelque prix que ce fût. H Paris allait être assiégé si le Parlement ne )) se soumettait à l'ordre qu'il avait reçu de » se rendre à Montargis. Déjà toutes les ave- » nues étaient occupées ; M. le duc d'Orléans » était au pont de Saint-Cloud avec des for- » ces; M. le Prince à Charenton; et dans » vingt-quatre heures , il y aurait trente mille )» hommes autour de Paris. »
Les députés de la Chambre des comptes et de la Cour des aides furent traités avec moins de hauteur. La Reine consentit à écouter leurs remontrances ; « elle ne les confondait point » avec les rebelles, et leur promettait de