‹ Histoire de la FrondeChapitre 125 sur 155 · CHAPITRE VI. l · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI. l

)) rentrer dans Paris par une porte quand M le Parlement en sortirait parTautre; mais » elle ne voulait plus souffrir Tinsolence » d^une compagnie qui attentait à Fautorité » royale et conspirait avec les ennemis de >) rÉtat. »

Ces tentatives, pour diviser les magistrats entre eux, n'obtinrent aucun succès. Jacques Amelot , premier président de la Cour des aides, prenant noblement la défense des absens , répondit « que l'infidélité imputée au » Parlement était incroyable de la part d'une » grande et illustre compagnie qui avait » donné, en toutes rencontres, de si glo- » rieuses marques de son zèle pour l'autorité » royale , et qui, en ce moment encore , était )) disposée à toutes celles qu'on voudrait exi- » ger dans les /ormes prescrites par les or- )) donnances. » La restriction que faisait valoir le président Amelot n'échappa pas au chancelier qui répéta avec aigreur ces dernières paroles : dans les formes prescrites par les ordonnances. « Oui, Monsieur, dans les » formes prescrites, repartit Amelot, et, sans w doute, vous avez assez vieilli dans le Par- » lement, pour n'ignorer pas que les compa-

)» giiies souveraines n'ont point d'obéissance » aveugle. Ceux qui les composent se sont >» obligés par serment d'exécuter les ordon- » nances vérifiées avec liberté de suffrages et » non pas celles d'autorité absolue ; mais « peut-être , depuis que vous êtes sorti du » Parlement, vous avez oublié ses maximes ; » il vous en faut ressouvenir. » Le chancelier gardant le silence, M. le Prince, entraîné par la colère qui toujours le dominait quand il rencontrait une résistance légale, répondit brusquement « que la maison de Bourbon sau- » rait bien se passer des compagnies, » et congédia les députés.

L'accueil fait aux magistrats à Sainte-Germain excita dans Paris une irritation violente ; elle s'accrut encore sur la nouvelle qu'un arrêt du conseil avait défendu aux marchands de Poissy de vendre leur bétail pour l'approvisionnement de la ville. Tout espoir de conciliation étant alors anéanti , un arrêt du Parlement, rendu presque à l'unanimité, ordonna « de nouvelles remontranw ces au Roi et à la Reine , et attendu que » le cardinal Mazarin était notoirement au- » teur des désordres et du mal présent , la

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» Cour le déclarant perturbateur du repos )> public, ennemi du Roi et de son Etal, lui » enjoignit de se retirer de Saint-Germain » dans le jour, du royaume dans huitaine, )) après ledit temps, commanda à tous les » sujets du Roi de lui courir sus. »

Il fut réglé en outre qu'aucun magistrat ne quitterait la ville; que chaque jour on s'assemblerait pour délibérer en corps sur les affaires publiques , et qu'on vaquerait ensuite dans les Chambres particulières aux jugemens des procès. Ces dispositions, signal de la guerre civile, excitèrent un zèle général pour la défense. Les compagnies des quartiers , portées au complet en peu de jours , remplacèrent les troupes de ligne qui avaient suivi la Reine à Saint-Germain, et prirent le service de tous les postes.

La garde bourgeoise de Paris présentait ime force respectable par son nombre et Sa composition. Chacun des seize quartiers * fournissait un régiment divisé en compagnies formant douze mille hommes d'élite, auxquels se réunissaient dans les occasions im-

' Pièces justificatives.

portantes les artisans et autres gens de la classe inférieure. Les colonels ', choisis parmi les principaux magistrats et les plus notables habitans, obéissaient au prévôt des marchands. Bien que les compagnies bourgeoises ne dussent servir que pour la garde des portes de la ville et pour maintenir Tordre public dans l'intérieur , officiers et soldats demandaient à marcher à Fennemi. La prudence des magistrats contint cet excès de zèle. Des commissions délivrées parle prévôt des marchands autorisèrent la levée de quatorze mille hommes de pied et de cinq mille chevaux pour tenir la campagne. Une solde de lo sous par jour fut assurée aux fantassins ; 3 et 5 francs aux officiers.

Pour subvenir aux frais de la guerre, un arrêt du Parlement ordonna à tous détenteurs de deniers royaux , de vider leurs caisses dans les coffres de PHôtel-de-Ville , et les comptables, nés membres subordonnés de la magistrature , obéirent sans scrupule au commandement de leurs supérieurs.

' MM. de Chainplatreux,de Lamoignon, d'Ktampes, de Valancev, de Tubœuf , de Scaron , etc.

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Un autre arrêt frappa une imposition de cent cinquante francs sur les maisons à porte cochère, et de trente francs sur les boutiques de Paris. Les bourgeois payèrent sans résistance , et les contributions volontaires des corps et métiers et des corporations, fournirent en outre d'abondantes ressources. Le Parlement, donnant généreusement Pexemple, s'était taxé à un million. Sur cette somme, 40O5OOO francs ' furent supportés par quinze conseillers institués sous le dernier règne % au mépris des réclamations de la compagnie , et qui restaient depuis lors en butte à Tanimadversion de leurs confrères; ils s'estimèrent heureux de s'en racheter à ce prix.

Pendant que ces préparatifs se poussaient avec vigueur, un renfort inattendu redoubla le zèle et la confiance des habitans de Paris. Le prince de Conti, le duc de Longueville et le prince de Marsillac, fidèles aux engagemens que la duchesse de Longueville avait pris en leur nom, s'échappèrent de la cour,

' Le marc d'argent à vingt-six francs. ' Voir la page 29.

et vinrent offrir leurs services au Parlement. Le dttc d'Elbeuf les avait précédés; les ducs de Beaufort, de Bouillon et de Chevreuse , les ducs de Luynes, de Brissac, de Retz, le maréchal de La Mothe; MM. de Noirmoutiers, de La Boullaye, de Montrésor, de Saint-Ibald, de Fontrailles , une foule d'autres se déclarant à la fois, embrassèrent le même parti. Les princes et les pairs entrèrent dans la Grand'Chambre, et prirent leur place accoutumée aurdessous des présidens à mortier. Les autres seigneurs et gentilshommes se pressaient dans les galeries du Palais, confondus avec les gens de justice.

Ces illustres défenseurs de la cause populaire furent accueillis avec acclamation. L'enthousiasme sVxalta jusqu'à l'ivresse quand les duchesses de Longueville et de Bouillon, toutes deux d'une éclatante beauté , traversèrent à pied la place de Grève, et montèrent à l'Hôtel-de-Ville , où elles déclarèrent « vou- » loir loger sous la garde des bourgeois comme » otages de la fidélité de messieurs leurs mà- » ris et de leur zèle pour le service de la ville )» et du Parlement. »

Si des partis formés sous le dernier règne

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