CHAPITRE VII. l649- 3l
» madame de Bouillon , quHl n^ a plus que » deux colonels dans son armée qui lui fas- H sent peine; il s'en assurera de manière ou » d'autre avant qu'il soit huit jours , et à Tins- » tant il marchera à nous. »
M. de Turenne se rendait en effet coupable de cette infidélité que la morale politique de nos jours flétrirait comme une insigne trahison. Il est juste cependant de remarquer qu'en servant , au mépris de sa foi, les intérêts du duc de Bouillon , son frère aîné, Turenne trouvait quelque excuse dans les mœurs féodales qui plaçaient au rang des premiers devoirs , l'obéissance au chef de sa maison ' , et subordonnaient l'amour de la patrie à l'orgueil de la race.
' « ... En prenant parti pour la Fronde, il suivit l'impulsion du chef de sa maison , le duc de Bouillon , son frère aîné , et sous ce point de vue il pourrait être excusable. Dans ce cas, il fallait qu'il quittât le commandement de l'armée que lui avait confiée la régente, et que ce fiit comme particulier qu'il allât se ranger sous les drapeaux de la Fronde. Mais pratiquer son armée, c'est une infidélité qui ne peut être justifiée ni par les principes de la morale, ni par les réglemens militaires. »
Mémoires de Napoléon, écrits à SainteHélcnc, par M. le général comte de Montholon.
Sl6 HISTOIRE DE LA FHONDE.
La confidence de la duchesse de Bouillon produisit en partie TefFet qu^elle espérait. LeCoadjuteur consentit à signer un traité d'alliance avec FEspagne , mais seulement quand , M. de Turenne serait aux portes de Paris avec son armée. Jusque-là il ne voyait pas de sûreté à se séparer du Parlement et à risquer une démarche que la compagnie pourrait poursuivre comme un crime de haute trahison.
Parmi les magistrats du Parlement , tous ne restaient pas étrangers aux intrigues ; quelques - uns même des plus considérables, jaloux de Pinfluence de Mathieu Mole, se prêtaient volontiers à contrarier ses vues. Le Coadjuteur, ayant réuni ceux dont il croyait pouvoir s'assurer, chercha à les pressentir sur une alliance avec PEspagne; mais à peine eut-il prononcé quelques phrases obscures sur ce sujet, que le président de Nesmond s'indigna « qu'on eût appelé des membres du Par- >) lement pour une action de cette nature, » et que le président de Blancménil sortit en déclarant « qu'il ne voulait plus de ces con- » férences particulières qui sentaient la facw tion et le complot. »>
Les présidens de Bellièvre et Le Coigneux ,