CHAPITRE 1. i
€t le conduisait la nuit par des rues détournées à r hôtel de Venise^ où Fattendait le duc d*'Orléans. Pendant que les deux princes conféraient ensemble, M. de Thou demeurait dans son carrosse, et il ne consentit jamais à prendre part à leurs entretiens.
Cette réserve avait pour motif une diâerence essentielle que, dans le cours de cette histoire, nous aurons souvent l'occasion de remarquer entre les mœurs politiques de la haute noblesse et celles de la magistrature. Un parti formé de grands seigneurs cherchait d'abord Fappui des ennemis de l'Etat. Les ducs d'Orléans et de Bouillon s'étaient toujours conduits ainsi dans leur longue pratique de ces sortes d'affaires ; et cette fois encore ils regardaient un traité avec l'Espagne comme une condition obligée de leur entreprise. La magistrature , au contraire , qualifiait nettement ces traités de haute trahison. M. de Thou , bien que ses habitudes à la cour eussent diminué quelque chose de l'austérité de ses principes, déclara « qu'il ne consentirait jamais » à des négociations de cette nature , et ne » se rencontrerait même pas en un lieu » où elles pussent être proposées. » Si pour
soutenir les droits de la Reine il fallait recourir aux armes, il voulait que la querelle se vidât entre Français , et que les étrangers ne fussent point appelés dans le royaume.
La Reine chargea aussi M. de Thou d'aller à Vendôme informer le duc de Beaufort des dangers dont elle était menacée , et des moyens qu*'elle prenait pour se défendre. Le jeune prince protesta de son zèle pour le service de la Reine , et promit tous les secours que le triste état où sa maison était réduite lui permettrait de réunir.
Pendant que les amis et les serviteurs d'Anne d'Autriche se préparaient ainsi à soutenir ses droits, une autre conjuration se formait contre Richelieu. Celle-ci aboutissait à un assassinat, et, chose étrange, le monarque lui-même était un des complices. Louis , abandonnant sans réserve la conduite de ses affaires à son ministre , éprouvait le besoin de s'en plaindre incessamment, et d'épancher le fiel qu'il nourrissait contre lui. Richelieu connaissait les sentimens de son maître , et , dédaignant pour lui-même le rôle de favori , il l'imposait à quelque courtisan subalterne qui