‹ Histoire de la FrondeChapitre 15 sur 155 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

par son inexpérience et son peu de capacité ne pût jamais lui porter ombrage.

Ce poste était alors occupé par le jeune Cinq-Mars ' , à dix-huit ans grand-écuyer de France , comblé de richesses et de faveurs , mais qui ne trouvait pas dans les dons de la fortune une consolation pour la vie monotone à laquelle on le condamnait. Il lui fallait passer des jours entiers auprès d'un prince sérieux et mélancolique, sans autres divertissemens que de poursuivre des renards et des blaireaux, ou de prendre des merles pendant rhiver avec des oiseaux de proie. Il n'avait permission de quitter Saint-Germain que pour aller à Ruel où demeurait le Cardinal, lui rendre compte de ses entretiens avec le Roi. L'ennui l'accablait. Quelquefois il s'enfermait dans sa chambre pour pleurer en liberté. Le Roi, le surprenant un jour en cet état, lui reprocha son ingratitude pour le bien qu'il lui avait fait. « Et qu'ai-je affaire de votre bien? » répondit le malheureux jeune homme ; je

' Henri Coeffier, dit Ruzé d'Effiat, marquis de Cinq- Mars , né en 1G20 ; second fils d'Antoine Coeffier, marquis d'Effiat , maréchal de France et surintendant des finances, qui dut sa fortune au cardinal de Richelieu.

» suis prêt à vous le rendre , Cinq-Mars vivrait » plus heureux que M. le Grand '. Je trouve- » rais plus de plaisirs en un jour dans les com- )» pagnies du Marais , qu*'il n^ en a ici en un » mois. »

Ces compagnies du Marais étaient fort suspectes au Roi qui les redoutait , à bon droit , pour les mœurs de son favori. Celui-ci , trompant des défenses rigoureuses , montait à che~ val à l'entrée de la nuit, partait seul de Saint- Germain , et courait à la place Royale chez la célèbre Marion de Lorme '.Au point du jour il retournait à Saint-Germain pour se trouver au lever du Roi ; mais accablé de sommeil et de fatigue, il écoutait, avec distraction, les insipides confidences de son maître , le suivait nonchalamment à la chasse du blaireau , et répondait avec aigreur aux longs sermons que le Roi ne manquait jamais, en ces occasions, de lui adresser sur sa paresse.

Louis , irrité contre son favori, écrivait des

• Le grand-écuyer de France était appelé àja cour Monsieur le Grand.

' Voir à la fin du troisième volume aux pièces justificatives A.

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