CHAPITRE VII
» sonnables, nous saurons bien les faire valoir ») contre les factieux. »
Le cardinal Mazarin accueillit avec une grande joie ce secours inespéré , et profita du généreux dévouement de ses adversaires pour leur imposer des conditions fort dures. Mathieu Mole et le président de Mesme les ayant acceptées, tous les autres députés n^y opposèrent aucune dilBculté.
Un mécontentement général se manifesta dans Paris, à cette nouvelle. Les hommes les plus modérés parmi les magistrats et les bons bourgeois blâmaient le premier président d''avoir, au mépris de ses instructions, accepté des conditions humiliantes au moment où Pétat des affaires obligeait la Reine à recevoir la loi; le bas peuple criait à la trahison , et les généraux méditaient des résolutions furieuses. Quelques-uns proposèrent de refuser Feutrée de Paris aux députés, d*'autres de les faire déchirer par la populace ; ceux même qui ne consentaient pas à leur mort, voulaient au moins les effrayer à tel point que de long-temps ils n'osassent parler de paix.
De grands dangers semblèrent en effet les menacer le jour où le Parlement fut convoqué
pour entendre le rapport de ce qui s^était passé à Ruel. Les gardes bourgeoises continrent avec peine les flots de la multitude : Mathieu Mole, principal objet de la fureur populaire, témoigna une intrépidité héroïque; « on ne vit pas un mouvement sur son )' visage qui ne marquât une fermeté iné- » branlable et une présence d'esprit presque )» surnaturelle '. » Parvenu dans la salle du Palais, il prit sa place et commença à lire le procès-verbal de ce qui s'était passé à Ruel avec la même liberté qu'il l'aurait fait aux audiences ordinaires.
Une clameur générale s'élevant alors en dedans et en dehors de la salle, mille voix confuses répétaient : « Qu'il n'y avait point » de paix ; que les députés avaient trahi leur » mandat et lâchement abandonné ceux à » qui la compagnie avait accordé l'arrêt » d'union. » Le prince de Conti, avec une modération calculée pour accroître le ressentiment général , se plaignit qu'on eût conclu sans lui et sans messieurs les généraux. Mole, élevant alors la voix au-dessus de toutes
♦ Mémoires du cardinal de Retz.