CHAPITRE VII. l
les connaissait bien , ne désespérait pas de faire rejeter la paix et désavouer les députés , si la discussion était laissée à son cours naturel. Il exhorta fortement les auteurs de la sédition à renoncer à des violences criminelles dont plusieurs d^entre eux avaient failli devenir victimes. Le duc de Bouillon lui-même avait été couché en joue par un misérable de la lie du peuple , qui le prenait pour le cardinal Mazarin. Dégoûtés de ces dangers honteux, tous promirent de ne plus faire de tentative pour soulever le peuple. Le lendemain, en effet, les approches du Palais demeurèrent libres. Les magistrats se réunirent ; les princes et les pairs occupèrent leurs places accoutumées, et cette séance, qui allait décider du sort de la monarchie, s'ouvrit avec dignité.
* Le procès - verbal de la conférence de Ruel et les articles de la paix signée ensuite de ces conférences , ayant été lus , le duc de Bouillon prit la parole avec modestie , et dit :
« Messieurs , nous sommes fâchés de ne pas » vous avoir donné depuis le commencement » de la guerre tout le contentement que vous
* i5 mars.
» avjez espéré de nous. Je vous prie de trou- » ver bon que je vous en fasse connaître les » raisons, et aussi ce que nous sommes en état M de faire à présent,non que je veuille traver- »» ser un accommodement que personne plus w que moi n^a sujet de désirer, mais afin que » vous ne croyez pas vos affaires si désespérées » qu^il vous faille accepter toutes les conditions » d'une paix qui ne soit ni sûre ni honnête.
» Jusqu'*à présent ayant assez peu de troupes » et un ennemi à combattre avec de nou- » velles levées, si nous eussions hasardé une » bataille , sans doute nous eussions été mal- » traités. La ville n'était pas d'ailleurs fort » pressée , et l'arrivée de M. de Longueville » devait nous fortifier bientôt. Nous nous » sommes donc contentés , de fois/ à autre , » de faire entrer des blés dans Paris ; et mal- » gré la rigueur extrême d'une saison fort j) fâcheuse , nous y avons assez bien réussi. » Aujourd'hui nous pouvons espérer et en- » treprendre davantage. Je ne vous parlerai » pas de l'armée de l'Archiduc ; mais celle de » M. le duc de Longueville , celle de mon » frère, le maréchal de Turenne, et de M. de » La Tremoille, mon beau-frère, viennent