CHAPITRE VII
» toutes à notre secours, et sont fort consi- » dérables. Nous-mêmes avons fait notre re- » vue , et avons trouvé notre armée de trois >i mille chevaux et onze mille hommes de » pied. Vous en auriez davantage, si ceux » qui ont pris votre argent avaient levé les » troupes qu'ils s'étaient obligés de fournir. » Ce sont des coquins qu'il faut punir, et >) leur faire leur procès pour notre intérêt et » pour le vôtre.
» Ce n'est pas que , dans les républiques » les mieux policées , les capitaines ne fas- » sent toujours quelque petit profit et mé- )) nage particulier sur les troupes de leur » commandement. Je l'ai, vu en Hollande, à » Venise ; il n'en est nulle part autrement , » et vos capitaines ont cru en pouvoir user )) avec quelque licence , selon la coutume de ;) la guerre. Au reste , je ne les excuse pas , et » il vous appartient de les punir. Mais quoi » qu'il en soit, nous avons toujours , et dès )) à présent, une armée de quatorze mille » hommes, avec lesquels il n'y a point de » passage que nous ne puissions forcer, en )) ce moment où les troupes ennemies sont , la » plupart, en marche pour aller s'opposer à
» TArchiduc et à M. de Longueville. Nous w promettons donc, Messieurs, s^il vous con- » vient de continuer la guerre , que désormais » çUe sera faite. autrement que parle passé, » et nous prenons rengagement, dans la jour- » née de demain , d^ouvrir les principaux » passages , ou d^ laisser nos vies. »
Le <Jiscours du duc ^uillon ayant été écouté avec faveur par rassemblée, le premier président lui répondit : « Monsieur, Pes- I) pérance que vous nous faites concevoir ne » serait pas la fin de nos maux. Vous voulez >♦ que nous punissions ceux qui noua ont vo- » lés; cela est juste, mais notre argent ne M nous reviendra pas pour cela , et le procès » ne sera pas sitôt fait. Vous nous promettez » ensuite Touverture de quelque passage, et » puis après une guerre civile et étrangère. » Si cependant la compagnie nous fait l'hon- )> neur dVpprouver ce que nous avons fait à » Ruel , nous aurons dès à présent tous les » passages ouverts,, et une paix assurée et » certaine ; de sorte qu^après vous avoir en- » tendu , il ne s^agit plus que de savoir si , » en suivant Votre avis, nous aurons du pain n et la guerre; ou si en nous en tenant aux
CHAPITKK VII. 1649. v343
» articles convenus , nous aurons la paix et >j du pain. Le choix de la compagnie ne pa- » raît pas devoir être fort difïicile. »
La délibération fut interrompue en cet instant, les huissiers annonçant qu'un gentilhomme, envoyé de la part des Etats de Hollande, demandait à être introduit. Le premier président ne fut point la dupe de ce nouvel incident ménagé par . le duc -de Bouillon , et se tournant vers lui avec indignation : « Jésus ! qu'est-ce de tout ceci ? dit-il ; un )) envoyé de l'Archiduc ! un autre de la Hol- M lande ! N'y en a-t-il pas encore de l'An- )» gieterre? » La mort de Charles I"' venait d'épouvanter l'Europe, et le parlement de Paris repoussait avec horreur tout rapport avec celui d'Angleterre.
Quel que fût l'ascendant du premier présiderit sur sa compagnie , quand on en vint à discuter les articles du traité , il ne put em-^ pêcher que plusieurs changemens notables n'y fussent apportés.
L'article 2 ' obligeait le Parlement à se transporter en corps à Saint-Germain , pour
• Pièces justificatives.
y assister à un lit de justice. Cette espèce d''amende honorable parut malséante et peu sûre. La forme du lit de justice rappelait d''ailleurs le gouvernement despotique ; cet article fut rejeté.
L'article 3 portait défense au Parlement de s'assembler pour délibérer sur les affaires publiques pendant toute Tannée i649 : il fut rejeté avec plus d'indignation encore que le précédent.
Enfin l'article 12 laissait au Roi la faculté d'emprunter toutes les sommes qu'il jugerait nécessaires pour les dépenses de l'Etat , en payant l'intérêt au denier douze pendant les années 1649 et i65o. La compagnie reconnut que cette disposition était directement contraire à l'esprit de la déclaration du 24 octobre , en ce qu'elle laissait les ministres seuls arbitres de la fortune publique , et rendait illusoire le contrôle des compagnies souveraines. L'article 12 fut rejeté comme les deux autres.
Le traité de paix adopté après ces changemens restait tout à l'avantage de la magistrature, puisqu'il confirmait la déclaration du 24 octobre, et donnait un nouvel exemple de