CHAPITRE VIL
digna le Parlement et devint pour le public un sujet de scandale et de risée. Les seigneurs, cherchant une excuse , protestèrent que leurs demandes n''avaient pour objet que d''obtenir des garanties contre un ministre sans foi dont ils redoutaient les violences , et quMls renonceraient volontiers à tout avantage particulier, si la Reine consentait à éloigner le cardinal Mazarin de ses conseils. Ils envoyèrent le comte de Maure à Saint-Germain porter cette déclaration ; mais pendant que le comte parlait ainsi au nom de tous, chacun , en particulier , entretenait avec la cour des intelligences secrètes , et offrait ses services au cardinal Mazarin, s'il voulait les payer un bon prix.
Bientôt après, ne gardant plus aucune mesure avec la cour ni avec le Parlement , les généraux avouèrent leur traité avec FEspagne ' et pressèrent publiquement Feutrée de FArchiduc en France. Le marquis de Noirmoutiers, accrédité par eux, accompagna ce prince dans sa marche en Champagne. Osant même se servir du nom du Parlement, il pour-
* Voir la page 33 1 .
voyait au logement des troupes espagnoles et à leur subsistance , par des réquisitions frappées sur les villes et villages de la province. Le Parlement désavoua le marquis de Noirmoutiers , refusa de recevoir des lettres que lui écrivit FArchiduc, et le premier président, affranchi par les procédés de ses alliés de toute obligation à leur égard, cessa de négocier leurs intérêts à Saint-Germain.
Les généraux se confiaient alors à d^autres moyens de succès. L'Archiduc s'était avance avec son armée jusqu'à Pont-à-Vert *. M. de Turenne avait passé le Rhin, et, se croyant sûr de la fidélité de ses troupes , il annonçait, sous peu de jours, son arrivée aux portes de la capitale. Mais Turenne s'entendait mal à conduire une trahison. Mazarin, plus habile et plus expérimenté que lui en pareille matière , surveillait dès long-temps ses démarches. Il avait envoyé huit cent mille francs au comte d'Erlach , lieutenant-général de l'armée , et cette somme, distribuée aux colonels, les attacha au parti de la cour. Aussitôt après avoir passé le Rhin, six régimens refusèrent d'avan-
' Village près de Reims.
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cer davantage et se jetèrent dans Brissac ; le lendemain trois autres se retirèrent sous Philisbourg', et bientôt après le reste de Parmée imita cet exemple. Turenne, au moment d'être arrêté, se sauva avec quelques amis chez sa parente, la landgrave de Hesse, et de-là en Hollande, auprès du prince de Nassau, son oncle.
UArchiduc , n'espérant plus ni l'appui du Parlement ni celui de M. de Turenne , se retira précipitamment en Flandre.
Les généraux, déjà odieux au Parlement et aux bons bourgeois de Paris , ne conservaient plus alors que Fappui honteux et fragile de la populace. Ler Coadjuteur, trop habile pour se faire illusion , fut d'avis de cesser une lutte inutile , et dont la durée ne pouvait qu'empirer la situation du parti. Lui-même se renferma dans l'archevêché et affecta de rester étranger à la marche des affaires, ne voulant ni s'opposer à la paix, ni accepter les conditions avantageuses qui lui furent offertes pour s'accommoder avec la cour.
Pendant ce temps , les députés des compagnies négociaient à Saint-Germain avec les princes et les ministres. Les articles de la paix
de lluel furent réformés, ainsi que Tavait demandé le Parlement. Il ne fut question dans le traité ni du lit de justice, ni de la défense d'assembler les Chambres ' pendant Tannée 1649. ^® premier président promit seulement « d'employer son influence person- )» nelle pour empêcher les assemblées jus- I» qu'aux vacations prochaines, sous la con- » dition toutefois qu'aucune infraction à la « déclaration du 24 octobre ne rendrait les- » dites assemblées nécessaires. »
A la place de l'art. 1 2 du traité qui laissait au Roi la faculté d'emprunter toutes les sommes qu'il jugerait nécessaires , on substitua un crédit limité à douze millions pendant deux années; ce supplément étant reconnu indispensable, attendu que les recettes avaient été diminuées de toutes les sommes touchées par le Parlement et employées aux frais de la guerre , desquelles sommes le Roi ratifiait le paiement. Les députés obtinrent encore que la Bastille ne serait point remise aux troupes du Roi, et que le sieur de la Louvières, fils du conseiller Broussel , en demeurerait gouverneur.
' Voir la page 328.