CHAPITRE I
espèces de procès-verbaux de ces misera-;blés querelles , les faisait signer par quelques valets pour en attester Texactitude , et les envoyait ensuite au Cardinal qui traitait alors avec une dureté extrême son infortuné protégé.
Bientôt , cependant , Cinq-Mars changea de conduite; il devint plus sérieux, montra plus de soin de complaire à son maître. Amoureux de la princesse Marie de Gonzague ' , il prétendait à Tépouser; et Famour éveillant son ambition , il connut le prix des grands emplois , des hautes dignités. Il demanda le commandement d'une armée; le Cardinal le refusa durement. Il demanda à être fait duc et pair, et ne fut pas plus écouté. Enfin, il confia sa passion et ses espérances , et ne reçut que des railleries humiliantes sur sa présomption : « La princesse Marie n'aurait pas sans doute » tellement oublié sa naissance , qu'elle vou^
' Louise-Marie de Gonzague, née en 1612, morte en 1667; mariée i°, en i646, à Uladislas ; 3°, en 1649, fi Jean-Casimir , tous deux rois de Pologne. Elle était fille de Ctarles de Gonzague , duc de Nevers , et de Catherine de Lorraine.
» lût s\'ibaisser jusqu'à un si petit compa- » gnon. »
Depuis ce jour , le grand-écuyer jura une haine mortelle à son ancien protecteur, et travailla à le perdre auprès du Roi. Il étudia si bien le caractère et Tesprit de son maître, qu'il parvint à Hiriter au plus haut point contre Richelieu, et obtint pour lui-même plus de crédit qu'aucun des favoris qui l'avaient précédé. Louis l'avertit cependant une fois « de j» prendre bien garde à sa conduite, parce » qu'il ne pourrait s'empêcher de l'abandon- » ner, si le Cardinal exigeait ce sacrifice. » Mais depuis cette menace Cinq-Mars se flattait d'avoir mieux affermi sa faveur, et un jour que le Roi se plaignait avec plus de haine et d'amertume encore que de coutume, de l'esclavage auquel on le tenait réduit, il hasarda de lui répondre « que la voie la plus » courte et la plus sûre de se délivrer de son » tyran , était de le faire assassiner quand il » viendrait dans la salle du conseil, où ses » gardes n'entraient pas. »
Le Roi, plus surpris que mécontent, objecta M qu'on serait excommunié, si on tuait un » prêtre et un cardinal. » Le comte de Tre-
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ville ', capitaine des mousquetaires , qui assistait à la conversation , repartit « que , pourvu » qu'il eût Faveu de S. M., il ne se mettrait )» pas en peine de Pexcommunication, dût-il » aller à Rome pour se faire absoudre. » Le Roi ne répondit rien; mais le grand-écuyer , enhardi par ce silence, revint chaque jour à la charge, et conçut Tespoir d'arracher un consentement formel '.
M. de Thou était Pami du grand-écuyer; admis dans sa confidence, il repoussa avec horreur l'idée d'un assassinat. « Je suis, dit- » il, ennemi du sang; et par mon minisï> tère il ne s'en répandra jamais; » mais il encouragea les efforts qui avaient pour but de perdre le Cardinal auprès du Roi , et les dirigea par ses conseils. Jouissant ainsi de la confiance de la Reine , des ducs d'Orléans , de
* Henri de Peyre, comte de Treville ou Troisville , d'une famille de Béarn, père du comte de Treville qui fut si touché de la mort de madame Henriette d'Angleterre qu'il quitta le monde , et se retira aux Pères de l'Oratoire.
' Il est difficile de savoir si le Roi eut la complaisance ou , si l'on veut , \ai faiblesse de consentir au projet d'assassinat du cardinal de Richelieu. (^Histoire du règne de Louis XIII, par le P. GrifFet de la compagnie de Jésus.)
Bouillon, et du grand-écuyer,(ieThouse trouva placé au centre de Fintrigue, et forma le lien qui en unissait les diverses parties. Toujours , cependant , il continua à blâmer le projet d'une alliance avec les étrangers , et sa résolution de s'y opposer paraissait à ses amis si inébranlable , qu'ils lui cachèrent leurs demarches à la cour d'Espagne.
Le duc de Bouillon craignait pour la sûreté de Sedan, si le cardinal de Richelieu, venant à découvrir la conspiration , faisait attaquer cette place avant qu'une armée espagnole fût prête à la défendre. L'impétuosité naturelle à l'âge et au caractère du grand - écuyer le poussait aux partis extrêmes, et ne lui permettait pas d'attendre , comme le conseillait de Thou , que la mort du Koi, celle de Richelieu , ou quelque autre accident naturel, donnât au parti une occasion favorable de se déclarer. Enfin, le duc d'Orléans voulait aussi traiter avec les Espagnols pour avoir un asile et des subsides assurés , s'il se voyait réduit à quitter la France. Déterminés par ces divers motifs , les conjurés envoyèrent à Madrid M. de Fontrailles *, parent et ami du grand- ' Louis d'Astarac, marquis de Fontrailles, mort en
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