CHAPITRE I
qu^on pût attendre des commissaires, ils eussent difficilement trouvé des prétextes pour motiver une condamnation. Les dépositions du duc d^Orléans tiraient de peine le Cardinal à l'égard du grand-écuyer. A la vérité, suivant les règles de la procédure criminelle alors en vigueur , il fallait deux témoins pour condamner un accusé ; mais le malheureux Cinq-Mars devait rencontrer encore Un autre dénonciateur que le duc d'Orléans.
Quelques jours après Pemprisonnement des conjurés, le Roi s'était fait porter à Tarascon pour y rendre visite à son ministre. Il était si faible et si languissant, qu'il fallut lui dresser un petit lit auprès de celui où gissait Richelieu. Quand le faible monarque se vit en présence du serviteur redoutable qu'il avait tant offensé, la crainte et la honte lui arrachèrent des larmes. Richelieu , trop habile pour ajouter à sa confusion par des reproches, n'exprima que de la reconnaissance pour les dispositions qu'on lui montrait en ce moment. Le Roi, heureux d'obtenir sa grâce à ce prix, se mit à déchirer son ancien favori , le représentant comme le plus méchant des hommes, ets'indignant, surtout, qu'il eût formé le détestable projet d'as-
sassiner son bienfaiteur. Richelieu insinua alors que Sa Majesté ayant été mieux que personne à portée de connaître la vérité de ce projet, il serait digne de sa justice de donner une déclaration qui fournit aux juges les moyens d'accomplir leur devoir. Quelques semaines après , le Roi envoya au chancelier récrit suivant :
« Il est vrai que le sieur de Cinq-Mars » m^ayant vu quelquefois mal satisfait de mon » cousin le cardinal de Richelieu, ou par Fap- » préhension que j'avais qu'il me voulût em- » pêcher d'aller en personne au siège de Per- » pignan, ou me porter à revenir lorsque j'y » serais^ de peur que ma santé y fût alté- » rée, ou quelque autre sujet semblable, ledit » sieur de Cinq-Mars n'a rien oublié de ce )» qu'il a pu pour m'échauflér contre mondit # cousin, ce que j^ai souffert quand ses mau- » vais offices demeuraient dans les bornes de » quelque modération. Mais quand il a passé » jusqu'à cette extrémité de me proposer qu'il M se fallait défaire de mondit cousin, et de » s'offrir à le faire, j'ai eu en horreur ses mau- » vaises pensées et les ai détestées, et bien )) qu'il me suffise de le dire pour qu'on le croie,