CHAPITRE I. l64ii
mes choisis arbitrairement au mépris de toutes les lois, pouraccomplirles veiigeances du pouvoir, fut présidé parle chancelier, et formé de sept magistrats du parlement de Grenoble, et de cinq conseillers d'État ou maîtres des requêtes. Le nom de Laiibardemont en déshonorait la liste. La commission , signée à Chantilly par le Roi, portait que le procès seraitfait au duc de Bouillon et aux sieurs de Cinq-Mars, de Thou, d'Aubijoux , Montrésor, Fontrailles, et à tous leurs complices. Bien que le nom du duc de Bouillon figurât en tète des accusés, il ne devait point être jugé. Le prince d'Orange, son oncle, avait obtenu sa grâce. Il eût été difficile à Richelieu de la refuser aux instances d'un prince dont l'alliance importait à la France, et auquel lui-même devait beaucoup. D'ailleurs la duchesse de Bouillon, enfermée dans Sedan, annonçait qu'elle livrerait la place aux Espagnols le jour où son mari serait condamné; le vicomte de Turenne s'employait aussi pour son frère qu'il aimait avec une grande tendresse. Vaincu par de si puissans motifs, Richelieu promit la vie au duc de Bouillon, sous la condition qu'il remettrait Sedan à la France, et se contenterait en in-
demnité de terres et domaines dont la vaieur serait ultérieurement réglée. Le duc s'estima heureux d'acheter sa vie à ce prix. Il fut mis en liberté aussitôt que les troupes françaises furent entrées dans la citadelle de Sedan.
Peu de jours avant le jugement , Laubardemont ayant reçu dans une longue conférence les ordres et les instruclions du cardinal de Richelieu, se présenta seul dans la prison de Cinq-Mars, comme pour lui rendre visite. Paraissant s'attendrir sur son sort, «( il Taver- » tit que M. de Thou venait enfin de tout ré- >» vêler et de dénoncer ses complices; s'il per- » sistait à ménager un homme qui l'avait trahi, w cet entêtement étrange obligerait les juges >» à le condamner à la question ordinaire et » extraordinaire. Une confession sincère pou- » vait encore lui éviter les tourmens et la )» mort : à ce prix, M. le cardinal lui promet- )» tait sa grâce. »
Entraîné par le ressentiment, par l'amour delà vie, Cinq-Mars céda aux instances perfides de Laul)ardemont, et signa une déclaration dans laquelle il convenait de tous les faits du procès et même de la connaissance que de