CHAPITRE I
Thou avait eue des traités avec l'Espagne. Au jour marqué*, les juges se réunirent à sept heures du matin dans la salle du présidial de Lyon. Laubardemont ayant fait le rapport du procès, Cinq-Mars fut introduit seul et placé sur la sellette. En passant auprès du chancelier, il lui parla quelques instans à Toreille; les relations publiées dans le temps disent qu'il lui rappelait la promesse qu'il avait reçue de sa grâce s'il avouait toute la vérité. Prenant ensuite la parole sans attendre qu'on l'interrogeât : «< Puisqu'on m'a manqué )) de foi, dit-il, je suis dispensé de tenir la )> mienne; je vous dirai tout ce que je sais. » Et avec la naïveté d'un enfant , il raconta les faits dans leurs moindres circonstances : « S'il )) les avait cachés jusqu'alors , c'est que d'a- )> bord on ne lui avait pas promis sa grâce, )> et qu'il n'avait voulu parler qu'à ce prix. Il » affirma que M. de Thou avait été instruit de » ce qui s'était passé entre Monsieur et le duc » de Bouillon; qu'il avait su le traité qu'ils » voulaient faire avec l'Espagne, le voyage et » la négociation de Fontrailles; qu'à la vérité
* 12 septembre.
>» il ne l'avait pas approuvée et en avait sou- » vent fait des reproches.
M. de Thou fut ensuite amené à Taudience. On lui demanda « s'il avait su le traité avec » l'Espagne ? » — Il répondit comme il avait toujours fait , n qu'on ne lui en avait jamais » parlé. » — On lui demanda encore « s'il en- » tendait récuser le témoignage de M. de )) Cinq-Mars ? » — Il répondit a qu'il con- » naissait M. de Cinq-Mars pour un homme » de bien, incapable d'avoir dit autre chose M que la vérité. » — Lecture fut faite alors de la déclaration que venaient de recevoir les juges. Après l'avoir entendue , M. de Thou dit avec émotion à son ami : « Quoi ! Mon- » sieur , est-il possible que vous ayez dit tout » ce qu'on vient de lire ? Je vous prie au » moins de déclarer en quels termes je vous » ai toujours parlé du traité avec l'Espagne ; » je m'en rapporte à votre honneur et à votre » conscience. »
Cinq-Mars attesta que « M. de Thou avait » toujours été contraire à ce traité depuis » qu'il était venu à sa connaissance ; qu'il )> avait fait son possible pour l'en détourner, H en lui disant que s'il l'exécutait il s'en irait