CHAPITRE I
» à Rome pour n^ prendre aucune part , et » pour s'*épargner le chagrin d*'en voir les » funestes effets. »
Malgré ces atténuations, M. de Thou confessant qu''il avait eu connaissance du traité avec TEspagne, pouvait être condamné à mort aux termes de Fordonnance de Louis XI; s'*il eût nié, au contraire, il n'^avait rien à redouter , la déposition d^un seul témoin ne suffisant pas pour condamner un accusé. De Thou , versé dans la pratique des lois , nMgnorait pas ce moyen de se sauver; mais il était las de vivre. « J'aurais pu, » dit-il à un de ses amis , pendant que les juges rédigeaient son arrêt, «j'aurais pu mieux défendre ma vie » en chicanant. Mais au temps où nous sommes )» les personnes haïes comme moi ont peu à » espérer. Je préfère la mort au déplaisir de » retomber dans les mains de mon exempt , » qui m'a traité comme un barbare. La plus » grande peine est de s'y résoudre, cela est » déjà fait. Une autre fois je serais moins » préparé pour le ciel qu'à présent , et le pa- » radis est préférable à tout cela. » Se tournant ensuite vers Cinq-Mars , il lui dit en l'embrassant : (( Eh bien , Monsieur, humainemenr
» parlant , je pourrais me plaindre de vous , )» vous m^avez accusé , vous me faites mourir ; )) mais Dieu sait que je vous aime. »
Sur les treize juges, un seul, le sieur de Miromesnil , conseiller d^Etat , refusa de condamner de Thou ; Cinq-Mars le fut à Funanimité. Sur le bureau où Farrêt venait d^être signé , le chancelier écrivit au cardinal de Richelieu pour Pen instruire. Un exempt nommé Picaut fut chargé de porter la lettre. Richelieu , après Tavoir lue , dit d^un air de satisfaction : « M. le chancelier m'a délivré » d'un grand fardeau. » Puis il ajouta : « Picaut , comment vont-ils faire ? ils n'ont » point de bourreau. » Le bourreau de Lyon s'était en effet cassé la jambe ; mais la prévoyance du chancelier n'était point en défaut. Un homme de la lie du peuple s'était chargé de l'exécution pour cent écus.
A la lecture de son arrêt, Cinq-Mars regarda Laubardemont avec indignation, et lui dit : « Vous m'en répondrez devant Dieu. » Les exhortations de son confesseur et les exemples de son ami calmèrent bientôt son ressentiment et ses regrets de quitter la vie. Les deux condamnés employèrent à prier Dieu le peu de