CHAPITRE II. 1643. l3i
reçu les soins du duc de Beaufort , et Favait rebuté par sa coquetterie. Mariée depuis peu de mois , on supposait déjà ses affections engagées au comte de Coligny. Un soir , au milieu d\in cercle nombreux , on trouva sur le parquet un billet sans adresse, écrit de la main d\ine femme ; il était conçu en ces termes :
« J'aurais beaucoup plus de regret du chan- » gement de votre conduite, si je croyais » moins mériter la continuation de votre af- » fection. Tant que je Fai crue véritable et )v violente , la mienne vous a donné tous les » avantages que vous pouviez souhaiter. Main- » tenant n'espérez autre chose de moi que » Testime que je dois à votre discrétion. J'ai » trop de gloire pour regretter la passion que )) vous m'avez si souvent jurée , et je ne veux » vous donner d'autre punition de votre » négligence à me voir que celle de vous en ») priver tout-à-fait. Je vous prie de ne plus » venir chez moi, parce que je n'ai plus le » pouvoir de vous le commander. »
Ce billet fut remis entre les mains de madame de Montbazon , chez qui il avait été trouvé. Elle crut ou feignit de croire qu'il était écrit par la duchesse de Longueville , et
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tombé de la poche du comte de Coligny. Bellemère de madame de Chevreuse , et aimée du duc de Beaufort , qu''elle avait consolé ' des rigueurs ou de Tinfidélité de mademoiselle de Condé, madame de Montbazon était engagée dans les intérêts des maisons de Vendôme et de Lorraine , et animée contre madame de Longueville par des rivalités de plus d\m genre. Elle fit, sans ménagement, des railleries de cette aventure qui divisa toute la cour. Les Imporlans , ennemis de la maison de Condé , prirent volontiers cette occasion de la braver; on compta jusqu''à quatorze princes qui vinrent offrira ma'dame de Montbazon, leur épée et leur crédit pour le soutiea de sa querelle.
La maison de Condé réunit aussi ses amis et ses serviteurs. La princesse douairière toute en larmes fut se jeter aux pieds de la Reine, demandant justice de Foutrage fait à rhonneur de sa fille. Le duc d''Enghien fit appeler le duc de Beaufort ; le comte de Coligny fit appeler le duc de Guise , chef de la maison de Lorraine. On parvint à empêcher le duel du duc d''Enghien et du duc de Beaufort;
' Voir la page i3i.