‹ Histoire de la FrondeChapitre 5 sur 155 · X PREFACE · texte numérisé non relu

X PREFACE

La counaissance approfondie, le jugement impartial des temps passe's, doit ainsi nous ramener à une appréciation plus éclairée des bienfaits du temps pre'sent , et tel est le but de mon livre. Je n'ai point cependant oublié le précepte rappelé par un des plus spirituels de nos écrivains modernes :

Scrlbitur ad narrandum non ad prohandam. Si je n'ai pu autant que M. de Barante mettre de la chaleur dans mes récits , de la vivacité dans mes tableaux , au moins me suis-je efforcé comme lui d'être exact dans les détails et de rester fidèle au costume du temps; je n'ai placé dans la bouche de mes personnages que les discours qu'ils avaient tenus véritablement , ou qui au moins leur étaient attribués par les auteurs contemporains.

Mais en acceptant ces auteurs comme des témoins irrécusables des circonstances

PRKFACE. XJ

d'une aventure, de la vérité d'un fait isole' , je ne leur ai point accorde' la même confiance , quant à la marche générale des eve'nemens. J'ai cru, comme l'historien des Ducs dé Bourgogne , (( que )) la connaissance complète des choses ne )) se trouve point dans les Me'moires parti- )) culiers oii l'auteur ne raconte que ce )) qu'il a fait, que ce qui s'est trouve' à )) portée de sa vue. Le soldat qui l'apporte )) le récit d'un combat saura bien dire ce 5) qui s'est passé sous ses yeux j nous ap- )) prendrons de lui un épisode du champ )) de bataille ; ses impressions et son lan- )) gage nous seront un indice de l'esprit )) et de la composition de l'armée, des )) mœurs du temps, de la nature de la )) guerre , mais il ignore et ne peut nous )) faire savoir le plan général de la ba- » taille. Il s'est battu devant lui, et n'a vu

Xlj PREFACE.

)) ni compris le but de ce qui se faisait '. )) Si ces observations ont de la vérité pour toutes les époques de l'histoire, elles en ont plus encore pour les temps de troubles et de révolution. Les chefs eux-mêmes reçoivent alors l'impulsion plus souvent qu'ils ne la donnent; soumis sans s'en douter à l'action de forces com^ plexes et divergentes, ils sont lancés vers un but qu'ils ignorent, et ne conservent pas le sentiment de la route qu'ils parcourent. C'est seulement pendant le repos qui les suit que les révolutions se laissent décrire et comprendre. Mais s'il est arrivé qu'un homme, vainqueur de tous les partis, ait établi sa domination sur leurs ruines, il ne faut plus espérer ni des jugemens équitables ni même des notions précises sur

' Préface de Y Histoire des Ducs de Bourifogne^

PRÉFACE. Xiij

les temps qui l'ont prece'de'. Le privilège de ces puissans génies envoyés par la Providence pour sauver les nations de leurs excès ou pour les en punir, c'est de changer les esprits de ceux dont ils asservissent les volontés. Ce phénomène s'est réalisé de nos jours. Quand en 1812 des hommes de tous les partis se rencontraient dans les salons des Tuileries, à peine conservaient-ils l'intelligence ou même le souvenir des opinions, des sentimens, des actes qui avaient illustré ou flétri leur jeunesse ; et si Napoléon fût resté trente ans de plus sur le trône , il est probable qu'à la fin de son règne peu de gens se fussent trouvés, en France , capables d'expliquer les délibérations de l'Assemblée constituante et la tendance de ses décrets.

Le véritable caractère des troubles de la minorité de Louis XIV est resté ignoré

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