CHAPITRE II. 1643. i
bazon reniit Tordre de quitter la cour. Le duc de Beaufort fut arrêté au Louvre et conduit prisonnier au bois de Vincennes. Le duc et la duchesse de Vendôme , le dyc de Mercœur et le duc de Guise furent exilés ; Tévêque de Beaiivais renvoyé dans son diocèse; les comtes dé Béthune et de Montrésor enfermés à la Bastille ; le marquis de la Châtre privé de sa charge de colonel-général des Suisses; madame de Chevreuse enfin , d'abord renvoyée dans son château de Chevreuse à six lieues de Paris, dut, après quelques jours, continuer sa route pour la Touraine, et craignant d'y être arrêtée, elle se sauva en Angleterre.
Ainsi, quatre mois a près la mort de Louis XIII, Anne d'Autriche , toute-puissante , persécutait ses anciens amis , les compagnons, les soutiens de sa longue infortune. Elle les replaçait dans la situation où les avait laissés le> | cardinal de Richelieu , et employait contre ' eux les mesures violentes , despotiques , qui avaient rendu l'administration de ce ministre si odieuse ; ce serait mal comprendre l'histoire que d'attribuer de pareils changemens à des motifs frivoles.
l36 HISTOIRE DE LA FRONDE.
A cette époque , la cour était jeune , gaie , et chacun encadrait ses intrigues politiques dans les habitudes de sa vie privée ; mais des intérêts sérieux se cachaient le plus souvent sous une enveloppe légère. Anne d'Autriche ne sacrifiait pas ses anciens amis pour venger la querelle de madame de Longueville , ou pour se livrer sans contrainte à Tattrait que lui inspirait le cardinal Mazarin : si Ton veut croire que Ténergie qu'elle mit plus tard à le défendre ne lui fut pas alors inspirée tout entière par des considérations politiques , il faudra convenir au moins qu'au commencement de la régence^ le Cardinal n'avait pas encore acquis l'ascendant dont il jouit ensuite. La Reine conservait au contraire un intérêt fort tendre pour le duc de Beaufort ; le soir même du jour où ce prince fut arrêté , retirée dans son intérieur, elle pleura beaucoup en présence de ses femmes. Le lendemain , elle s'attendrit encore en racontant les circonstances de l'arrestation du duc ; elle faisait valoir comme des preuves de son courage et de sa présence d'esprit , les paroles qu'il avait prononcées dans ce moment crrtique, et le justifiait d'un projet d'assassinat contre le