CHAPITRE II
cardinal Mazarin , dont on cherchait à le noircir.
Si au lieu de vouloir expliquer la conduite d'Anne d'Autriche par des motifs puérils de caprice ou de coquetterie, nous examinons bien ses intérêts politiques, nous reconnaîtrons que sa résolution était commandée par les intérêts les plus graves. Le duc de Beaufort et ses amis avaient conduit les choses à ce point, que toute conciliation entre eux et le ministère était impossible. Il fallait que les uns ou les autres quittassent la cour. Or la question n'était pas seulement entre le duc de Beaufort et le cardinal Mazarin ; il s'agissait de savoir si les conauêtes faites par le cardinal de Richelieu pour la royauté, seraient conservées ou perdues; si l'autorité souveraine resterait concentrée dans les mains du monarque , ou serait de nouveau partagée entre quelques princes, nouveaux grands vassaux de la couronne , sous le patronage desquels la noblesse française conserverait son esprit d'indépendance, débris de la constitution féodale et qui en perpétuait les traditions.
Tel avait été le débat entre le cardinal de Richelieu et l'aristocratie française, tel il
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était encore. On raconte ' que Vers celte époque, la Reine se trouvant à Ruel , dans la maison qui avait appartenu au cardinal de Richelieu, elle s'arrêta devant son portrait et dit après Favoir considéré quelque temps en silence : « Si cet homme vivait encore, il sérail » plus puissant que jamais. >> Cette anecdote prouve évidemment que la question décidée par Temprisonnement du duc de BeauforI el Texil de ses amis , n'était pas une question de personnes. Il estprohable que ni la Reine, ni les courtisans ne Tenvisageaient sous^ les rapports théoriques , mais tous comprenaient bien leurs intérêts positifs , et suivant que les intérêts des uns ou des autres seraient triomphans ou opprimés , Tordre politique devait être changé.
Si le cardinal Mazarin restait à la tête des affaires et ne confiait le gouvernement des provinces et les grandes charges de la couronne , suivant les maximes de son prédécesseur , qu'à des hommes dépendans du ministère par caractère et par position , l'autorité royale restait sans limites , et marchait
' Mémoires de l'abbé ArnauUi.