CHAPITRE m
Mazarin se concilie les conrtisans par des largesses. — Les magistrats par des flatteries. — Désordres des finances. — Edit du toisé. — Création de rentes. — Le Parlement se brouille avec la cour. — Edit du tarif. — Administration de d'Emery. — Lit de justice. — L'opposition du Parlement devient plus vive. — Arrôt d'union entre les compagnies souveraines. — La Reine tente inutilement les voies de rigueurs. — Elle cède et autorise la réunion des compagnies pour la réformation de l'État.
Du 1 3 septembre i643, jusqu'au 29 juin 1648-
Les premières années de la régence d'Anne d'Autriche furent une suite non interrompue de victoires et de conquêtes. Nos armées sous la conduite de Condé, Turenne, Harcourt , Gassion, triomphaient en Espagne, en Flandre , en Allemagne , en Italie, et le sentiment de la gloire nationale consolait de la perle de la liberté et de la misère publique. Le cardinal Mazarin , resté seul maître de la confiance de la Reine , trouva d'abord des alliés dociles dans le duc d'Orléans et le prince de Condé.
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Ce dernier, formé sous Richelieu à Tobéissance, avait appris au duc d'Enghien à plier sous le joug des ministres et à acheter leur faveur à haut prix, A la vérité le jeune héros, déjà émancipé par la victoire, se montrait disposé à oublier les leçoijs et les exemples de son père; la brave noblesse qui le suivait dans les combats s'attachait à lui par le lien puissant d'une gloire commune , et devait bientôt former un parti plus redoutable que celui des Importans pour l'autorité des ministres; mais tout se montrait soumis et tranquille après la prison du duc de Beaufort et l'exil de ses" amis. On blâma leur imprudence, quelques-uns plaignirent leur malheur , personne ne s'inquiéta de les venger. Les grands seigneurs, découragés par les persécutions du dernier règne, avaient besoin de se reposer un peu de temps avant de s'engager de nouveau dans les dangers de la faction.
On vivait doucement alors à la cour de France ; par une rencontre singulière , les hommes les plus considérables de l'époque étaient jeunes, un grand nombre de femmes étaient belles. Les ducs d'Enghien , de Beaufort , de Guise , de Nemours , le vicomte
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de Turenne, le prince de Marsillac, le fameux Coadjuteur , depuis cardinal de Retz, avaient à peine trente ans. Les duchesses de Longueville , de Montbazon , de Bouillon , de Chàtillon, de Chevreuse, de Nemours, ont laissé une grande renommée de beauté. Le cardinal Mazarin était lui-même d'une humeur facile et sociable; il n'épargnait ni soins, ni dépenses, pour donner de Péclat à ses fêtes, et employait Tattrait des plaisirs comme un des moyens de sa politique.
Aux exécutions sanglantes multipliées sous Richelieu pour briser Pesprit d'indépendance . des grands seigneurs , Mazarin substitua des expédiens plus doux. Il voulait, par les séductions de la cour, enlever la noblesse à ses châteaux pleins des souvenirs de son ancienne grandeur. En, échange de la puissance politique qu'il ne consentait pas à lui rendre , il lui offrait le monopole des grâces et de la faveur. L'épargne restait ouverte, chacun y puisait librement ; toutes les prétentions qui se voulaient résoudre en argent étaient satisfaites. Quand le trésor était vide, on trouvait encore moyen d'enrichir les courtisans. Les Mémoires du temps parlent d'une