CHAPITRE III. l
point de contestation qui n'avait jamais été réglé : à savoir si le droit de convoquer les assemblées générales appartenait exclusivement à la grand'Chambre, ou si celte convocation devait être accordée toutes les fois qu'une des Chambres du Parlement la demandait. Le ministre appuyait de tous ses moyens la prétention de la grand'Chambre , composée en général de conseillers avancés en âge, et modérés dans leur opposition à la cour. Les conseillers des enquêtes et requêtes , au contraire, montraient des dispositions fort hostiles et un grand amour des choses nouvelles. Le premier président leur ayant refusé cette fois de convoquer les Chambres , ils arrivèrent en foule dans la grand'Chambre, interrompirent l'audience et se rangèrent sur les bancs qu'ils occupaient lors des assemblées générales. Le respect pour les formes était cependant le caractère principal de l'esprit parlementaire. Prendre la parole avant son tour eût paru aux plus emportés un oubli coupable de tous les devoirs , et le premier président ayant seul droit d'ouvrir la délibération, tout le temps de l'audience se passa dans un profond silence. Le lendemain cette scène bizarre
l5o HISTOIRE DE LA FRONDE,
recommença; elle continua pend;nit quatre jours sans que la volonté du premier président fléchit, et sans que Timpatience des jeunes conseillers les entraînât à aucun manque de respect. Pendant ce temps on ne travaillait plus au jugement des procès , et le cours de lu justice demeurait suspendu dans toutes ses parties.
La Reine prit ce prétexte pour intervenir; elle manda les gens du parquet, les chargea d'aller dans chacune des Chambres séparément, reprocher aux conseillers le scandale de leur conduite. <( Elle ne voulait point sMm- » miscer dans le fait de leur discipline particu- » Hère, ni prononcer à qui appartenait le droit » de convocation ; c'était à eux à s'entendre sur )» ce point; mais leur premier devoir était de » rendre la justice aux sujets du Roi ; ils ne I pouvaient s'y refuser sans se déclarer indi- » gnes de leurs fonctions , et s'ils persistaient » dans un procédé jusqu'alors sans exemple , » elle les en punirait sévèrement. »
Déjà fort irritée contre les conseillers des enquêtes, la Reine se montrait disposée à des moyens extrêmes; Mazarin l'en détourna ; il fit suspendre encore une fois le toisé des